CHRONIQUE DE JÉRUSALEM: LES NOCES SACRÉES D’AMRAM LE MAGNIFIQUE...

CHRONIQUE DE JÉRUSALEM: LES NOCES SACRÉES D’AMRAM LE MAGNIFIQUE ET DE RUTH LA CONVERTIE Ami Bouganim

Jérusalem, an 5808 selon le calendrier hébraïque, an 2048 selon le calendrier chrétien, an 1470 selon le calendrier musulman.

Ce fut la plus grande, sensationnelle et scandaleuse histoire d'amour dans la communauté archi-intégriste de Méa Shéarim. On ne s'en remettait pas, on n'était pas près de s'en remettre. Méa Shéarim crut d'abord à un canular. Une tentative de noircir le saint et austère rabbin qui résistait vaillamment au sionisme assimilé à un faux-messianisme. Un complot monté de toutes pièces par les services de sécurité pour prendre leur revanche contre cet agitateur de droit divin qui ne reculait devant rien pour protester contre la violation du shabbat, les fouilles archéologiques dans des sites mortuaires, l’exhibition honteuse de femmes nues sur les écrans des cinémas et dans les rues de Jérusalem. Une campagne destinée à déstabiliser la glorieuse armée des Gardiens des Portes (les Neturei Karta) dont il passait pour le Maître (voir les deux chroniques précédente sous cette rubrique). Puis quand les rumeurs concernant la liaison Rabbi Amram et Ruth la Convertie se précisèrent, on soupçonna cette dernière d'être un agent des services de propagande de… l'Organisation sioniste mondiale. En la chargeant de séduire le personnage le plus emblématique de Méa Shéarim, c'étaient tous les Gardiens des Portes qu'on entendait attirer aux lits souillés de ce vaste trottoir. C'était clair comme le jour, cela ressemblait à ces pervers qui ne s'étaient écartés de la voie de Dieu que pour parachever l'œuvre de destruction et de massacre des Allemands. Rabbi Amram n’était pas le premier maître venu, c’était le héros de la résistance contre l'hérésie sioniste. Plutôt que de voir le piège qu’on lui tendait, ce valeureux y tomba comme un jouvenceau. A son âge, avec une convertie, plus jeune que lui d'on ne savait combien de décennies sinon de siècles, dont personne ne se portait garant de la propreté des mœurs passées ni de la sincérité des convictions présentes!

Méa Shéarim entra en transe. On racontait ; on chuchotait ; on insinuait. Un marieur était venu consulter Rabbi Amram pour un mariage entre un membre de la communauté archi-intégriste et la Convertie. Le rabbin aurait demandé à la voir et il aurait succombé au… verdict divin qui la lui destinait, à lui plutôt qu'un autre, deux ans seulement après la mort de sa première femme. Méa Shéarim déchira le vêtement, recouvrit les murs de panneaux dénonçant l'abomination et se désola de la sénilité du vieil ennemi des sionistes qui se ridiculisait sur ses vieux jours et bradait sa science talmudique. Rabbi Amram?! – Lui-même! – Le maître des gardiens de la pudeur?! – Lui-même! – L'inspirateur et le co-compositeur de l'hymne intégriste?! – Nul autre. On avait beau prétendre que ce genre d'alliances se nouaient au ciel et qu'il n'est pas du rôle de la terre de se mêler de l'activité matrimoniale du Saint, béni soit-Il, qui passe ses journées à assortir-accoupler les âmes, on n'arrivait pas à taire les réserves et les railleries. L'intérêt était général, la mobilisation aussi. On comparait le vieux rabbin au valeureux Rav Amram Hassid, grand maître à Néhardéa, site de l'une des plus grandes Académies talmudiques d'Irak, dans la mansarde duquel on avait installé des prisonnières qu'on venait de libérer en versant la rançon que leurs ravisseurs réclamaient. Pour plus de sécurité, on avait retiré l'échelle pour dissuader quiconque de les harceler. Le traité Kiddoushin 81a dans le Talmud de Babylone poursuit:

« On raconte que la silhouette de l'une d'elles, éclairée par la lumière de la lucarne, se dessina sur l'un des murs. Rav Amram s'empara aussitôt de l'échelle que dix personnes ne pouvaient soulever, la plaça contre la mansarde et entreprit de l'escalader. Au milieu, il marqua une pause, se ressaisit et se mit à hurler: – Au feu! Au feu! Dans la maison d'Amram! Ses disciples accoururent et lui reprochèrent: – Tu nous fais honte! Il répondit: – Mieux vaut que vous ayez honte de moi en ce monde que dans le monde à venir. Il adjura son mauvais instinct de l'abandonner. Ce dernier sortit [et il ressemblait] à une colonne de feu. Il lui dit: – Tu es de feu, moi je ne suis que de chair – et malgré cela je suis plus résistant que toi! »

Or plutôt que de crier au feu et de l'éteindre, Bloy s'était laissé embraser et avait… embrasé Méa Shéarim. Les membres de la secte archi-intégriste se mobilisèrent pour empêcher ce mariage qui portait atteinte à leur sens de l'austérité et ébranlait l'image qu'ils se faisaient de l'auguste et rigoureux rabbin. Ses fils furent les premiers à s'insurger contre cette liaison et à saisir le tribunal archi-intégriste. Pour épouser une femme aussi jeune, Bloy avait besoin d'une autorisation de ses membres. En général, ils ne l'accordaient qu'après s'être assurés que le marié était en mesure de s’acquitter de ses obligations à l'égard de son épouse. Rabbi Amram refusa de comparaître devant lui, déclarant ne pas plus reconnaître son autorité que celle de la répréhension publique. Au terme de longues tergiversations, le tribunal prononça son arrêt: « Le tribunal décrète que nul parmi les autorités et les dirigeants de la communauté intégriste, et encore moins un homme d'élite comme Rabbi Amram, n'est autorisé à prendre une convertie comme épouse à cause de la grande licence qui sévit à notre génération et pour plusieurs autres raisons connues de nous seuls… » Pendant ce temps, Ruth pleurait à chaudes larmes, se plaignant de ne pouvoir s'unir avec son « fiancé ». Elle ne comprenait pas l'acharnement contre elle. Le tribunal poussa l'hostilité jusqu'à la traiter de « sale convertie insolente ». Rabbi Amram ne tarda pas à réagir. Il dénonça une criante injustice. Selon la halakha (la Loi rabbinique), il lui était interdit de rester sans compagne. Le ciel lui avait envoyé une femme dont la vertu était de notoriété publique. Il ne comprenait pas qu'on lui reproche d'être une convertie. Boaz avait quatre-vingts ans quand il prit Ruth la Moabite âgée de quarante ans et de leur mariage devait descendre le roi David et du roi David… le Messie tant attendu, « qu’il vienne vite, de nos jours encore »... Il concluait sa plaidoirie murale en ces termes: « Epouser une convertie n'est pas profaner le Nom mais le sanctifier. » Il incriminait le maître de la secte de Satmer, la plus virulemment intégrisée au monde, d'être intervenu pour peser sur la décision du tribunal. C'était l'été 1965. Un beau et pathétique récit entre un vieux rabbin se posant en gardien de Méa Shéarim et une convertie parmi les plus bigotes et audacieuses de l'histoire juive qui avait rejeté avec indignation les 25,000 lires – une somme importante à l'époque! – que lui proposait le Maître de Satmer pour renoncer à ce mariage.

Lui qui n'avait jamais quitté le périmètre de la Ville sainte, Rabbi Amram prit son parti de s'exiler à Bnei Berak, près de Tel-Aviv. Le 2 septembre 1965, vers minuit, le mariage fut célébré dans la plus grande intimité. Dans son livre (voir chronique précédente), Ruth relate la cérémonie par le détail. Il ne manquerait que le récit de la nuit de noce et son silence sur ce point laisse un prude voile dans cette grande romance. Elle précise néanmoins, un rien rassurante: « A soixante-cinq ans [il en avait soixante-douze, correction du chroniqueur clandestin de Méa Shéarim], Rabbi Amram était en pleine forme, toujours gai et souriant. Je suis retournée à mes vingt ans aux côtés de ce nouveau mari qui ne me boudait pas ses joyeux rires. » Ils menèrent une vie de tourtereaux. Elle lui portait à boire à la maison d'étude. Ils mettaient ensemble la main à la pâte pour préparer le pain traditionnel du shabbat. Ils décoraient la cabane où ils passaient les huit jours de Soukkot. Elle devint docile, l'aide à ses côtés, la femme vaillante, s'inclinant devant sa volonté. Elle serait même tombée enceinte à l'âge de cinquante ans. Malheureusement, elle « perdit l'ange au bout de deux mois de grossesse ». Elle aima en Rabbi Amram l'incarnation du judaïsme dans toute sa splendeur: « La présence de mon mari auréolait toute chose. En le regardant vivre et se mouvoir, tout le reste s'évanouissait. » Un an plus tard, bravant l'interdiction rabbinique et l'hostilité de ses fils qui ne lui pardonnaient pas ce second mariage, Amram le Vieux rentra à Jérusalem avec son épouse. Dans la rue, on persistait à cracher sur lui et pendant plus de cinq ans, le tribunal intégriste, plutôt embarrassé, ne sut quelle attitude avoir à l'égard de l'un de ses membres les plus prestigieux.

Rabbi Amram mourut en 1974, comblé d'amour et rassasié de jours, et sa liaison avec Ruth entra dans la chronique de Méa Shéarim comme l'un de ses plus beaux romans d'amour. Celui d'une femme qui n'avait cessé de chercher son Dieu et son homme ; celui d'un homme qui n'avait cessé de chercher sa divinité et sa vocation. Une confusion des sentiments ; une confusion des genres ; une confusion des univers. Après sa mort, Ruth la Convertie continua d'habiter Méa Shéarim, dans une petite maison où elle recevait ses hôtes qu'elle ne désespérait pas de gagner à la cause des Gardiens des Portes, des journalistes auxquels elle présentait ses doléances antisionistes et la galerie des curieux qui venaient écouter son récit. Sur sa porte, un écriteau en anglais: « Here is a Jew, not a Zionist. » On ne sait si elle mourut déçue ou soulagée de ne pas voir la guerre sainte qu'elle appelait de ses vœux éclater entre laïcs et intégristes.

Photo: Un mur de Méa Shéarim, par Zeev Roytman.

Pour retrouver les précédentes chroniques de Jérusalem parues sur cette page cliquez sur:

http://www.euromed.institute/blog/Chronique%20de%20J%C3%A9rusalem

https://www.facebook.com/The-Euro-Mediterranean-Institute-1078016632260326/ https://www.facebook.com/1078016632260326/photos/a.1083523111709678/1769167709811878/CHRONIQUE DE JÉRUSALEM: LES NOCES SACRÉES D’AMRAM LE MAGNIFIQUE ET DE RUTH LA CONVERTIE Ami Bouganim

Jérusalem, an 5808 selon le calendrier hébraïque, an 2048 selon le calendrier chrétien, an 1470 selon le calendrier musulman.

Ce fut la plus grande, sensationnelle et scandaleuse histoire d'amour dans la communauté archi-intégriste de Méa Shéarim. On ne s'en remettait pas, on n'était pas près de s'en remettre. Méa Shéarim crut d'abord à un canular. Une tentative de noircir le saint et austère rabbin qui résistait vaillamment au sionisme assimilé à un faux-messianisme. Un complot monté de toutes pièces par les services de sécurité pour prendre leur revanche contre cet agitateur de droit divin qui ne reculait devant rien pour protester contre la violation du shabbat, les fouilles archéologiques dans des sites mortuaires, l’exhibition honteuse de femmes nues sur les écrans des cinémas et dans les rues de Jérusalem. Une campagne destinée à déstabiliser la glorieuse armée des Gardiens des Portes (les Neturei Karta) dont il passait pour le Maître (voir les deux chroniques précédente sous cette rubrique). Puis quand les rumeurs concernant la liaison Rabbi Amram et Ruth la Convertie se précisèrent, on soupçonna cette dernière d'être un agent des services de propagande de… l'Organisation sioniste mondiale. En la chargeant de séduire le personnage le plus emblématique de Méa Shéarim, c'étaient tous les Gardiens des Portes qu'on entendait attirer aux lits souillés de ce vaste trottoir. C'était clair comme le jour, cela ressemblait à ces pervers qui ne s'étaient écartés de la voie de Dieu que pour parachever l'œuvre de destruction et de massacre des Allemands. Rabbi Amram n’était pas le premier maître venu, c’était le héros de la résistance contre l'hérésie sioniste. Plutôt que de voir le piège qu’on lui tendait, ce valeureux y tomba comme un jouvenceau. A son âge, avec une convertie, plus jeune que lui d'on ne savait combien de décennies sinon de siècles, dont personne ne se portait garant de la propreté des mœurs passées ni de la sincérité des convictions présentes!

Méa Shéarim entra en transe. On racontait ; on chuchotait ; on insinuait. Un marieur était venu consulter Rabbi Amram pour un mariage entre un membre de la communauté archi-intégriste et la Convertie. Le rabbin aurait demandé à la voir et il aurait succombé au… verdict divin qui la lui destinait, à lui plutôt qu'un autre, deux ans seulement après la mort de sa première femme. Méa Shéarim déchira le vêtement, recouvrit les murs de panneaux dénonçant l'abomination et se désola de la sénilité du vieil ennemi des sionistes qui se ridiculisait sur ses vieux jours et bradait sa science talmudique. Rabbi Amram?! – Lui-même! – Le maître des gardiens de la pudeur?! – Lui-même! – L'inspirateur et le co-compositeur de l'hymne intégriste?! – Nul autre. On avait beau prétendre que ce genre d'alliances se nouaient au ciel et qu'il n'est pas du rôle de la terre de se mêler de l'activité matrimoniale du Saint, béni soit-Il, qui passe ses journées à assortir-accoupler les âmes, on n'arrivait pas à taire les réserves et les railleries. L'intérêt était général, la mobilisation aussi. On comparait le vieux rabbin au valeureux Rav Amram Hassid, grand maître à Néhardéa, site de l'une des plus grandes Académies talmudiques d'Irak, dans la mansarde duquel on avait installé des prisonnières qu'on venait de libérer en versant la rançon que leurs ravisseurs réclamaient. Pour plus de sécurité, on avait retiré l'échelle pour dissuader quiconque de les harceler. Le traité Kiddoushin 81a dans le Talmud de Babylone poursuit:

« On raconte que la silhouette de l'une d'elles, éclairée par la lumière de la lucarne, se dessina sur l'un des murs. Rav Amram s'empara aussitôt de l'échelle que dix personnes ne pouvaient soulever, la plaça contre la mansarde et entreprit de l'escalader. Au milieu, il marqua une pause, se ressaisit et se mit à hurler: – Au feu! Au feu! Dans la maison d'Amram! Ses disciples accoururent et lui reprochèrent: – Tu nous fais honte! Il répondit: – Mieux vaut que vous ayez honte de moi en ce monde que dans le monde à venir. Il adjura son mauvais instinct de l'abandonner. Ce dernier sortit [et il ressemblait] à une colonne de feu. Il lui dit: – Tu es de feu, moi je ne suis que de chair – et malgré cela je suis plus résistant que toi! »

Or plutôt que de crier au feu et de l'éteindre, Bloy s'était laissé embraser et avait… embrasé Méa Shéarim. Les membres de la secte archi-intégriste se mobilisèrent pour empêcher ce mariage qui portait atteinte à leur sens de l'austérité et ébranlait l'image qu'ils se faisaient de l'auguste et rigoureux rabbin. Ses fils furent les premiers à s'insurger contre cette liaison et à saisir le tribunal archi-intégriste. Pour épouser une femme aussi jeune, Bloy avait besoin d'une autorisation de ses membres. En général, ils ne l'accordaient qu'après s'être assurés que le marié était en mesure de s’acquitter de ses obligations à l'égard de son épouse. Rabbi Amram refusa de comparaître devant lui, déclarant ne pas plus reconnaître son autorité que celle de la répréhension publique. Au terme de longues tergiversations, le tribunal prononça son arrêt: « Le tribunal décrète que nul parmi les autorités et les dirigeants de la communauté intégriste, et encore moins un homme d'élite comme Rabbi Amram, n'est autorisé à prendre une convertie comme épouse à cause de la grande licence qui sévit à notre génération et pour plusieurs autres raisons connues de nous seuls… » Pendant ce temps, Ruth pleurait à chaudes larmes, se plaignant de ne pouvoir s'unir avec son « fiancé ». Elle ne comprenait pas l'acharnement contre elle. Le tribunal poussa l'hostilité jusqu'à la traiter de « sale convertie insolente ». Rabbi Amram ne tarda pas à réagir. Il dénonça une criante injustice. Selon la halakha (la Loi rabbinique), il lui était interdit de rester sans compagne. Le ciel lui avait envoyé une femme dont la vertu était de notoriété publique. Il ne comprenait pas qu'on lui reproche d'être une convertie. Boaz avait quatre-vingts ans quand il prit Ruth la Moabite âgée de quarante ans et de leur mariage devait descendre le roi David et du roi David… le Messie tant attendu, « qu’il vienne vite, de nos jours encore »... Il concluait sa plaidoirie murale en ces termes: « Epouser une convertie n'est pas profaner le Nom mais le sanctifier. » Il incriminait le maître de la secte de Satmer, la plus virulemment intégrisée au monde, d'être intervenu pour peser sur la décision du tribunal. C'était l'été 1965. Un beau et pathétique récit entre un vieux rabbin se posant en gardien de Méa Shéarim et une convertie parmi les plus bigotes et audacieuses de l'histoire juive qui avait rejeté avec indignation les 25,000 lires – une somme importante à l'époque! – que lui proposait le Maître de Satmer pour renoncer à ce mariage.

Lui qui n'avait jamais quitté le périmètre de la Ville sainte, Rabbi Amram prit son parti de s'exiler à Bnei Berak, près de Tel-Aviv. Le 2 septembre 1965, vers minuit, le mariage fut célébré dans la plus grande intimité. Dans son livre (voir chronique précédente), Ruth relate la cérémonie par le détail. Il ne manquerait que le récit de la nuit de noce et son silence sur ce point laisse un prude voile dans cette grande romance. Elle précise néanmoins, un rien rassurante: « A soixante-cinq ans [il en avait soixante-douze, correction du chroniqueur clandestin de Méa Shéarim], Rabbi Amram était en pleine forme, toujours gai et souriant. Je suis retournée à mes vingt ans aux côtés de ce nouveau mari qui ne me boudait pas ses joyeux rires. » Ils menèrent une vie de tourtereaux. Elle lui portait à boire à la maison d'étude. Ils mettaient ensemble la main à la pâte pour préparer le pain traditionnel du shabbat. Ils décoraient la cabane où ils passaient les huit jours de Soukkot. Elle devint docile, l'aide à ses côtés, la femme vaillante, s'inclinant devant sa volonté. Elle serait même tombée enceinte à l'âge de cinquante ans. Malheureusement, elle « perdit l'ange au bout de deux mois de grossesse ». Elle aima en Rabbi Amram l'incarnation du judaïsme dans toute sa splendeur: « La présence de mon mari auréolait toute chose. En le regardant vivre et se mouvoir, tout le reste s'évanouissait. » Un an plus tard, bravant l'interdiction rabbinique et l'hostilité de ses fils qui ne lui pardonnaient pas ce second mariage, Amram le Vieux rentra à Jérusalem avec son épouse. Dans la rue, on persistait à cracher sur lui et pendant plus de cinq ans, le tribunal intégriste, plutôt embarrassé, ne sut quelle attitude avoir à l'égard de l'un de ses membres les plus prestigieux.

Rabbi Amram mourut en 1974, comblé d'amour et rassasié de jours, et sa liaison avec Ruth entra dans la chronique de Méa Shéarim comme l'un de ses plus beaux romans d'amour. Celui d'une femme qui n'avait cessé de chercher son Dieu et son homme ; celui d'un homme qui n'avait cessé de chercher sa divinité et sa vocation. Une confusion des sentiments ; une confusion des genres ; une confusion des univers. Après sa mort, Ruth la Convertie continua d'habiter Méa Shéarim, dans une petite maison où elle recevait ses hôtes qu'elle ne désespérait pas de gagner à la cause des Gardiens des Portes, des journalistes auxquels elle présentait ses doléances antisionistes et la galerie des curieux qui venaient écouter son récit. Sur sa porte, un écriteau en anglais: « Here is a Jew, not a Zionist. » On ne sait si elle mourut déçue ou soulagée de ne pas voir la guerre sainte qu'elle appelait de ses vœux éclater entre laïcs et intégristes.

Photo: Un mur de Méa Shéarim, par Zeev Roytman.

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