"LIRE LE COURS DE PHILOSOPHIE AFRICAINE"...

"LIRE LE COURS DE PHILOSOPHIE AFRICAINE". LE TESTAMENT POLITIQUE ET PHILOSOPHIQUE DE MARCUS GARVEY A LA POSTÉRITÉ (version archivée par l'auteur)

Le Shemsu Maât Grégoire Biyogo.

I-PROLOGUE

L'historien de la philosophie ou des science qui consent à lire le garveyisme présume que cette pensée comme celles du contexte historique de lutte anti-escalvagiste, anti-raciste, peuvent se montrer tributaires d'une syntaxe qui parfois a prolongé les postures manichéenne, essentialiste, voire racialiste qu'elles rejetaient pourtant catégoriquement elles-mêmes. Mais le plus urgent est d'en extraire la substance, par-delà les préjugés d'époque et le tempérament parfois exclusiviste. Pour autant, ce que ces pensées nous enseignent est sans précédent, surtout dans un contexte où la démission de la lecture patiente et rigoureuse des œuvres a souvent relégué la pensée à la non-pensée, aux idées fausses, à la dogmatisation, à la marchandisation journalistique, et à la simplification outrageuse des débats de salon. Ceci exige du spécialiste une double prudence, une double distance critique, l'essentiel étant de pouvoir tirer les enseignements profonds, universels, utiles et impérieux par ce temps de Combat pour la libération économique et politique des peuples et des États kamites, mené aujourd'hui avec courage et lucidité par des milliers de nos penseurs, combattants des libertés, intellectuels, philosophes, mathématiciens, avocats, artistes, businessmen, enseignants... Une autre question est de statuer sur le statut philosophique du garvéhisme, nous y apporterons des réponses dans ce texte.

II- OBJETS

1-Le garveyisme est une philosophie politique, une philosophie du développement fondée sur la Mesure, le calcul, la prédiction de ses actes pour avoir la maîtrise de ses choix, de son organisation, où la pensée joue un rôle d'éclairage, de canalisation, de prévision, de projection. Maître de l'intelligence de l'organisation et du Management, Garvey constitue dans notre Histoire intellectuelle et politique un Génie encore assez mal connu et dont la pensée est cependant originale et riche. Car il a trouvé la juste réponse au problème Noir au siècle dernier. A l'exclusion, il opposa l'auto-organisation en vue de la conquête de sa propre indépendance économique et politique pour forcer les Respect à l'aune de sa capacité à être responsable de son destin. Ici, les Kamites sont invités à devenir ce qu'ils décident enfin de devenir eux-mêmes. Non pas ce qu'on a fait d'eux, ce qu'on dit qu'ils sont, ou ce que l'on a décidé d'en faire, mais ce qu'ils font eux-même de leurs potentialités retrouvées, de leur destin re-façonné, le pouvoir qu'ils ont de le ré-inventer, d'investir des réseaux d'organisation permettant de retrouver la dignité perdue. Cela passe par le fait d'avoir eux-mêmes confiance en eux, pour entreprendre des projets fiables. -Ce visionnaire nous vient de ce pays prodigieux qui nous a donné deux Exceptions: Bob Marley et Marcus Garvey. Lui aussi, à la manière de tous les Grands, il a quitté sa Terre natale, la Jamaïque, puis s'est rendu aux États-Unis, avant d'en être expulsé en 1927, et de s'installer en Angleterre. Sa puissante organisation, l'UNIA s'est répandue dans plusieurs pays dans le monde, en Amérique Centrale, au Mexique et au Panama, dans les Iles, puis vers les colonies de l'Angleterre, de la France, de la Belgique, qu'il a visitées, jusqu'au Liberia, et dans l'Afrique du Sud - raciste d'alors...

2-De cette vie pleine de tumultes, d'enseignements et de génie organisationnel, Garvey devait tirer des règles de vie, des normes de résistance, des principes efficaces d'adaptabilité, qui allaient devenir les prémices d'un ensemble de leçons, elles-mêmes la matière d'un livre au titre déroutant: LE COURS DE PHILOSOPHIE AFRICAINE. C'était son testament politique et spirituel, offert à la postérité en vue de poursuivre le Combat pour l'indépendance des Noirs par la construction efficace et rationnelle de leur propre destin de puissance. Ce n'était donc pas la manière spéculative avec laquelle KAMA (nom originel de l'Afrique) pense la philosophie aujourd'hui, et qui n'a pas d'emprise sur la Réalité, mais reste confinée à l'idéalisme. A l'inverse, Ta Sety et Ta Mery qui avaient philosophé en élaborant des doctrines attentives à la transformation de la réalité... C'est aussi en cela que la traduction récente de ce livre en français qui défend l'auto-détermination historique des sujets propres au garveyisme vient bousculer l'idéalisme dominant de la philosophie africaine, en l'invitant à se penser comme Acte de liberté historique et de transformation concrète.

3-Rudement éprouvé par la vie, par la Condition des Noirs aux USA et dans le Monde, il devait lui opposer des techniques sévères de résistance, pour affronter - et engager le corps-à-corps avec - la Grande épreuve de l'existence dont toute sa vie a fait l'expérience à travers l'élaboration d'une organisation rationnelle préparant les cadres et les leaders kamites du monde entier. Ainsi c'est dans ce riche et douloureux parcours en lequel puise sa pensée, qu'il va apporter une réponse dynamique face au chaos de l'Histoire.

4-De la sorte, ce ne sont ni la résignation, ni le fatalisme, ni la peur et l'aliénation qui vaincront, mais l'action raisonnable, fondée sur l'expérience, sur l'attention de l'instant, de la situation, sur notre condition d'exclusion économique, politique et industrielle. Et cela n'appelle qu'une seule réponse: la Dé-marginalisation, c'est-à-dire la décision de sortir de la capture de l'extériorité, sortir de ce soi aliéné, par l'auto-discipline, par la prise en main de son propre destin historique, en rejetant de la sorte progressivement sa situation de marginalisation, d'aliénation, de domination économique, politique, industrielle et militaire. La considération qu'on doit au garveyisme tient en partie de cette unité des idées et de l'Action. Ce pionnier a développé un programme d'action rationnel, organisé, efficace et puissant, qui a rassemblé plus de 8 Millions de membres, issus de plus de 42 pays. Rappelons que l'UNIA, cheval de bataille de son combat a créé des Universités et des instituts de recherche, des usines fortes, une organisation militaire...

5-Mais le plus significatif chez Garvey, c'est la traduction idéelle de cette vision révolutionnaire de l'extensionnalité de la résistance par la pensée, laquelle se traduit par l'élaboration d'une philosophie, entendue au sens marxien d'une pensée en combat permettant la libération de toute forme de répression, de négation et d'exploitation économico-politique.

III-LA PHILOSOPHIE AFRICAINE DE MARCUS GARVEY: L'HOMME SUPÉRIEUR ET LA REINVENTION DE SA LIBERTE.

1-Il convient d'abord de comprendre la singularité de l'idée philosophique ici. Elle n'est pas spéculative, abstraite, mais le gage d'une pensée attachée à la praxis. Qui vise la transformation matérielle à la manière du matérialisme historique marxien (en lui déniant l'idée d'athéisme propre à Marx), et pas seulement le niveau de la conscience comme dans la querelle que Marx impute à l'idéalisme hégélien. Le matérialisme organisationnel garveyien vise d'abord la destruction effective de l'oppression - celle des Noirs dans le Monde, en leur enseignant la rigueur de l'auto-discipline et de l'organisation collective des talents. De cette doctrine révolutionnaire, vivante, Garvey a été lui-même le premier martyre, dont l'intelligence de l'organisation reste pour l'essentiel inégalée en pays kamites.

2- Cette doctrine doit donc être étudiée, comprise et vécue pour ce qu'elle dit être, expérimentée, qu'il adresse à ses élèves à travers des leçons, des conférences qui visent le fait historique et pratique de l'Amélioration Universelle de la situation des Noirs. Ces disciples, en Angleterre, notamment pendant le mois de septembre 1937, ne sont pas éloignés de lui, du moins ceux qu'il a lui-même sélectionnés comme Neb Wsjrê et les Apôtres, lesquels de la même manière vivent avec le Maître comme dans une communauté où la doctrine est mise en pratique. Les 12 de Garvey écoutent les Cours pendant 12 heures par jour, prient ensemble, travaillent ensemble, mangent ensemble, et copient chacun à la main les différentes leçons qui font ce livre de 22 leçons en un Cours au titre prescriptif, nommé la "Philosophie Africaine".

3-Outre la vertu de l'auto-organisation, le garveyisme en recommande une autre au sein du peuple, l'auto-discipline, laquelle permet d'identifier et de dépasser ses propres faiblesses, ses hésitations, ses incertitudes, ses lourdeurs. Seul un peuple acquis au sacrifice par la patience et la puissance du labeur, et à l'acharnement au travail pensé, prédictible, structuré, coordonné, peut se prendre en charge, se relever, se donner une nouvelle identité, une nouvelle direction méliorative à sa vie, et s'arracher à son destin de dominé, d'opprimé, à ses chaînes. Ainsi donc, c'est en dominant soi-même sa domination qu'on cesse d'être vaincu par l'Histoire, en combattant contre soi-même, contre ce que l'on est devenu et que l'on ne devait pas être, en détruisant ce "soi" acquis à la "servitude volontaire", ce "soi" fatalisé, résigné, obéissant, puisant dans son propre "Non", dans sa propre énergie qu'un tel peuple se revitalise, et réécrit son Histoire.

4-L'idée qui constitue la substance de ce livre, c'est celle de l'impératif de l'étude, recommencer sans cesse à apprendre après avoir étudié dans les institutions de savoir classiques. Recommencer sa propre instruction, celle qu'on choisit d'avoir, sans oppression, en jurant contre les héritages dévoyés, contre toute forme de savoir qui enseignerait l'auto-résignation. Il combat fermement l'ignorance qui gagne, établit-il, le monde kamite contemporain, et confère la première place à l'éducation, à la lecture sélective, aux ouvrages d'érudition et aux textes déroulant les bibliographies des grands hommes pour s'approprier l'intelligence, l'héroïsme et la stratégie managériale de leurs parcours, de leurs trajectoires, la puissance de leurs résolutions des problèmes tenaces auxquels ils étaient confrontés. Et puiser dans cette somme d'idées sa propre somme d'idées, sa propre vision émancipatrice du monde. La première Leçon de son livre est consacrée à cela. La seconde Leçon, majeure, invite chacun à conquérir l'intelligence économique dominante, pour conquérir le leadership qui sommeille en chaque homme, et commande de devenir son propre leader, le guide de sa propre existence, l'initiateur de ses propres projets, construire son propre Ordre par-delà les mondes qui nous tétanisent et nous interdisent de faire monde, et se conduire le destin du monde, ce qui exige de restaurer cette identité nouvelle que le garveyisme octroie à l'homme libre, qu'il nomme "l'Homme Supérieur" celui va revitaliser sa personnalité, laquelle ne doit point négliger l'apparence physique, qui demeure dans la société industrielle un critère d'appréciation et d'évaluation, plus encore dans le monde entrepreneurial et sophistiqué du leadership et du Management. Mais il ne devra jamais être extravagant, Le leader est régenté par lidée du Modèle, de conscience dynamique au sein de sa communauté - qui le promeut et qui est la Cause de son Combat, la Cause de son être-pour-l'Accomplissement. Il agit avec intelligence, discernement, distinction, ne parlant qu'avec science, de ce qu'il connaît parfaitement, admirant et galvanisant les héros de son peuple. Sans être sophiste, il s'appuie sur la rhétorique, et use d'une élocution raffinée, qui clarifie ses idées, les rend captivantes, convaincantes, qui confortent la posture de la Mission de ceux dont l'existence fusionne avec l'idée de Mission historique ( Leçon n° 4). La Formation sans cesse renouvelée aide à saisir les Enjeux réels du combat et permet de prendre la mesure des visées stratégiques et politiques de l'Ecole de pensée garvéyiste pour le peuple et la Nation kamites invités à devenir des leaders, des pionniers, à redevenir comme à KAMA, à Ta Senit, à Ta Mery, des Bâtisseurs, des Guides de l'humanité...

5-La théologie garveyiste est très intéressante, qui revendique la souveraineté de Dieu, un Dieu universel, Esprit supérieur, absolu duquel tout procède, et qui est le pourvoyeur de l'intelligence universelle, laquelle est en chaque être, et est garante de l'Ordre et de l'Organisation cosmique (Leçon n° 5). Sa conception du Christ est identique, rationnelle, qu'il loue pour l'exemplarité de sa droiture, et pour la supériorité de sa pensée et de son témoignage de justice et de vérité. De sa leçon universelle de l'Amour et de sa capacité à galvaniser par l'Esprit tout ce qui est... (Leçon n° 6). La Leçon n° 7 est particulièrement importante, laquelle décrit l'anthropologie subversive garveyiste, où l'homme supérieur, le Bâtisseur, le Guide de l'humanité, l'homme travailleur, l'homme de valeur apparaît comme un sujet de l'histoire, attaché à l'honnêteté, considérée chez Garvey comme la valeur cardinale. Rappelons qu'il s'agit de l'une des 42 vertus principielles de la Maât. Cette anthropologie est parfaitement maâtique, qui recommande de s'attacher à la vérité, de ne "violer aucune règle ou loi" pour ne pas perdre le respect de sa Communauté, de son peuple, de sa Nation. L'amour gagne à être fondé sur le développement mutuel des qualités et des valeurs supérieures de l'Homme suopérieur. Ne jamais commettre d'adultère, mais rester vertueux, intègre. Son Système social idéal (Leçon n° 7) consiste à protéger le bien commun du plus grand nombre. A protéger l'intérêt commun. Avant de le combattre, si cela est vraiment nécessaire, le plus impérieux est d'en comprendre l'intelligence, le fonctionnement, les logiques internes, les stratégies... Garvey est un Maître-stratège. Il déconseille la Rébellion, sauf nécessité extrême, mais opte en revanche pour une autre forme de révolution celle qui nous transforme nous- mêmes, nous qualifie, nous rend performants, nous transmute, pour produire la société émancipée, élevée, libre et prospère que nous souhaitons avoir nous-mêmes. Plutôt que de combattre de front le système, il recommande d'entrer en guerre contre soi-même, de batailler sans cesse contre ses lacunes, ses manques, pour s'élever jusqu'au rang des héros, des Bâtisseurs que la société dans laquelle nous vivons nous interdit d'être. Mais parvenus à ce niveau, elle est obligée de nous respecter... Car, devenus excellents, on constitue modèles d'une autre forme de société qui garantit l'unité et la fraternité des Kamites. Sa récusation du mariage mixte reste une topique d'époque plutôt détestable, mais propre aux sociétés séparatistes, qu'il justifie par le principe de la préservation de sa communauté de la souillure de la société corrompue (Leçon n°8)... Il voit dans la diplomatie la science de la mesure, de la prudence et de la discrétion qui régule les relations humaines et internationales (Leçon n°9). L'économie elle pour lui régulée par une dualectique dynamique autour des principes de l'épargne et de la plus-value (Leçon n°10). Sa conception de l'homme est tributaire de l'idée édénique d'incomplétude, aussi est-il important qu'il se perfectibilise, qu'il s'élève comme doit l'être celui qui a perdu la liberté et qui s'oblige à la reconquérir. L'éducation l'y aide, qui doit être à la fois celle du pays qu'il habite et de celle sa propre culture, de l'histoire de son peuple, qu'il place stratégiquement au-dessus de l'histoire commune, l'histoire républicaine (Leçon n° 11). Sur le dessein des institutions, il en recommande autant la compréhension que la création pour pouvoir atteindre les objectifs économiques et politiques, mais surtout organisationnels. Cette organisation institutionnelle et unitaire vise la conquête de la puissance par les Exclus, et s'appuie sur la doctrine de la confiance de soi et du groupe (12). Il pense l'Univers comme un éternel mystère, en dépit des avancées de la science, sa cause reste inexplicable. Il y trouve un grand intérêt pour poursuivre son étude autant qu'il fait un parallèle avec l'idée kamétique et par la suite socratique du "connais-toi toi-même". Sa philosophie de l'Etre supérieur l'amènera à conclure ici que ce que les Hommes gagnent dans ce mystère, c'est de construire autour d'eux un Univers où ils deviendront les êtres les plus Excellents possibles, à l'image du Christ. Connaître l'Univers, c'est chercher à se connaître, à connaître Dieu, et à s'élever vers les plus hauts sommets de de la connaissance, et de la connaissance de soi. La science y aide sans jamais épuiser ce mystère (Leçon n°13).... Les Leçons 14 et 15 traitent d'abord de l'initiative personnelle ( qui pousse à vivre pleinement, à être libre, à se protéger soi-même, et à obtenir le meilleur de soi et pour soi, sans dépendance ni aide extérieures. Le libéralisme communautariste ou encore le communautarisme libertaire de Garvey se déclare dans ces Leçons où il dit de s'aider d'abord soi-même, de chercher à se faire confiance soi-même, pour être capable d'entreprendre soi-même ses projets, en toute intelligence, en toute confiance, en toute conviction, selon la souveraineté de sa décision, de sa personnalité, de sa volonté. Sa théorie de la volonté est cosmique: "ne permettez à personne, à l'exception de Dieu, de Tout-Puissant, d'altérer votre volonté, car votre volonté est votre décision, et votre décision est votre intelligence, et votre intelligence est votre personnalité, et votre personnalité est votre confiance en vous et vos initiatives" (p. 183). Ensuite, il soutient que la Personnalité est garantie par la rigueur et par le principe d'exemplarité, car pour être leader, Etre Supérieur, Homme Supérieur, il importe de convaincre les autres de vous suivre, de vous imiter, de mettre en pratique vos maximes, vos pensées, vos conseils, faudrait-il d'abord réussir soi-même de manière fulgurante, pour devenir facilement un exemple, l'exemple de tous. La personnalité garveyienne accorde, il y insiste, de l'importance à l'image que l'on produit, que l'on défend, l'image sociale que l'on renvoie aux autres, laquelle doit dérouler les valeurs et les Normes qu'on incarne et pour lesquelles on est prêt à se battre, à tout engager, à gager sa vie. Sur la propagande (16), Garvey met en relief son extraordinaire ambivalence, visant tout à la fois l'expansion de l'intelligence et de la valeur et la promotion de ce qui est faux, cette indécidabilité la rend injuste et juste, elle appelle donc toujours le discernement des consommateurs et l'acuité de ceux qui imputent à son organisation. Comme il y a de bonnes guerres et de mauvaises guerres, le mieux est d'y réfléchir longuement, avant de s'y engager, et de s'assurer absolument qu'elle est à notre avantage, qu'elle nous est profitable. La Leçon 17 qui porte sur le "Communisme" montre la grande vigilance garveyiste qui souligne que Marx n'a pas pensé suffisamment le contexte historique des Noirs et que le combat communiste ou socialiste ne les concerne pas de prime abord, puisqu'il vise le profit de sociétés capitalistes et industrialisées, même dans l’hypothèse des masses travailleuses exploitées, il est question de s'approprier les privilèges, les moyens de production par les uns ou par les autres... Or, cela n'aiderait pas les Kamites, qui gagneraient plutôt à ne pas se laisser distraire par les combats de ces mouvements mais à construire leurs propres modes de production, leurs entreprises, leurs organisations, leur puissance, celle des Êtres supérieurs, pour devenir leur propres Maîtres, les Maîtres de leur prore Histoire, leurs propres Maîtres, et donc les Maîtres de l'Histoire humaine. Les Chinois, les Indiens qui étaient donnés pour pays exploités se sont émancipés de ce statut de minoration, les Noirs demeurent surexploités. La Leçon 18 examine la logique des Échanges commerciaux et industriels, et le système universel des échanges, dans laquelle les Kamites doivent s'inscrire avec prudence et patience, en respectant les étapes de l'institutionnalisation de cette dynamique, pour en tirer le meilleur parti. La Leçon 19 recommande de Gagner le monde par l'éthique de la Bonté, et d'enseigner la générosité et la correction même dans le refus. Majeure, la Leçon n° 20 enseigne à vivre pour une Cause, une Mission, un Idéal. Les deux dernières Leçons (21 et 22) présentent l'UNIA et son programme d'Action pour une période 5 années.

IV-POUR NE PAS CONCLURE

Le garveyisme ne doit plus être évoqué, célébré sans en étudier rigoureusement la pensée, par-delà tout populisme, toute simplification affligeante, mais gagne à se penser dans le détail, les arcanes, les pliures des doctrines, pour autant qu'il s'agisse d'une pensée importante de contre-servitude, de dé-marginalisation économique, qui diagnostique correctement l'oppression historique des Noirs, leur exclusion systématique du système économique, des systèmes d'échanges mondiaux, et entend dépasser cette situation d'exclusion, d'oppression et d'aliénation, en leur enseignant la vertu de l'initiative privée, l'intelligence, du courage de l'entrepreneuriat, l'audace de l'auto-discipline et de l'auto-organisation d'un peuple, qui crée sa propre société sa propre puissance d'être, et renverse son Manque d'être. Moment fulgurant de l'organisation devenue la source d'un autre Destin, qui renverse celui qu'il a toujours avait porté et supporté, et invente un Destin de Bâtisseur, de travailleurs intelligents, d'Etres Supérieurs qui détruisent la société répressive et oppressive qui leur opposé une négation systématique. La pensée consciente et révolutionnaire de Marcus Garvey est une négation de la négation, un Non inventif, une Organisation libératrice, qui nous invite de la sorte à sortir de la conception paresseuse et extérioriste de la sortie de crise, et du développement. Le schéma garvéhiste est celui de l'éducation, de la formation continue du peuple et des élites, pour produire les racines de la confiance retrouvée, que des centaines de siècles de Trauma dû aux traces de l'esclavage et de la Colonisation ont laminée. L'homme garvéhien est un Etre pour le projet, il projette son intelligence dans le Néant, néantise le Néant, le fait advenir comme Puissance d'être, Supériorité de l'intelligence et de son actualisation, sa présentification, trouvant en Dieu la source d'une Energie inextinguible et d'un Génie illimité, conforte la véritable liberté humaine, son sens de l'entreprise, sa Décision d'être, son choix d'ek-sister comme Bâtisseur. De là l'héritage pharaonique de cette pensée, fondée sur la transformation de la matière, des rôles historiques, de nos Rapports aux Autres par un travail d'extensionnalité de l'intelligence, et d'auto-création de soi, d'auto-redescription de soi (Rorty), en retrouvant une l'intelligence qui diffère sans cesse ses possibles, ses spectres, cette pensée crée l'événement au sens derridien d'une déconstruction j'ajouterai "asymétrique", celle de la tétanisation d'une domination stable, indépassée, indépassable, uniformisée, naturalisée. L'universalité de sa pensée vient de ce qu'elle se réclamme de l'intelligence pour construire son schéma de développement et de libération. Cette intelligence sommeille en tout Homme, et demande à être réveillée, à être mise en œuvre pour se retrouver soi-même, retrouver son être propre, l'Homme supérieur est une intelligence qui organise son intelligence, et qui va transformer historiquement les défaites de notre Destin en victoires. L'héroïsme garvéhiste rencontre l'héroïsme diopien qui invite lui aussi à libérer en nous le Prométhée qui sommeille pour dé-chaîner l'humanité de l'ignorance, de la stagnation et de l'arbitraire en s'armant de science jusqu'aux dents. Un héroïsme de la Raison, car c'est par la pensée devenue intelligence organisant la fin de la réification et l’avènement de l'émancipation que l'on redevient cet Homme Supérieur qu'on était naguère, et qui avait été occulté, oublié, falsifié, par les incidences de l'Histoire, par la résignation à porter un nom immuable, minorant, né des longs traumatismes qu'elle a déroulés. Redevenu Bâtisseur, l'Homme garvéhiste est sa propre construction, sa propre re-création, qui rompt avec les contre-créations de soi, sa propre réfutation de la réification dominante au profit de son dépassement incessant, jusqu'à conquérir ce que Garvey nomme l'éternité, autre héritage de Kémèt. Producteur d'institutions nouvelles, qui régulent la dynamique des échanges et de la production, de la vie et de sa libération, il est à la fois économiste et philosophe. La performance économique apparaît alors comme l'une des clefs de voûte de cette philosophie du développement, qui enseigne un penser qui se contextualise et se re-contextualise en contexte de libéralisme communautariste. Et en un matérialisme des organisations pour le moins homéostatique, holistique. Cette vision holistique de l'auto-production des valeurs libératrices de libertés permet de reprendre le flambeau de de la construction universelle de l'Histoire pour lui imprimer une orientation et une ardeur dont le monde kamite aurait bien besoin, et par-delà, tout Etant, tout Homme, tout l'Homme. A la manière de Towa, il épelle le renversement de la puissance de servitude par la puissance de la Raison, il fait plus, il invente une puissance qui transforme l'Histoire, une puissance qui traverse le peuple, les élites, les Nations, pour retrouver la jeunesse éternelle de la Maât, toujours en marche vers la quête de l'Homme, lui aussi nommé le Bâtisseur de la Civilisation de l'intelligence de l'Ordre, de l’Équilibre, de la Raison... Marcus Garvey est demeuré Africain et a épanoui cette grande tradition égypto-nubienne qui est un impératif catégorique: l'exister comme aventure héroïque de la Raison pratique, tout attachée à la création de l'éternité sur terre, et à bâtir une civilisation universelle, excédant les sectarismes et les clôtures, mais risquant le jeu de la compétitivité de l'économie-monde, ouvrant une humanité à l'intelligente illimitée et libertaire.

V-LIVRE

Marcus Garvey, Message au Peuple: Le COURS DE PHILOSOPHIE. Edité par Tony Martin, traduit par Ama Mazama, Ménaibuc, 2010, 309p.

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Le Shemsu Maât Grégoire Biyogo.

I-PROLOGUE

L'historien de la philosophie ou des science qui consent à lire le garveyisme présume que cette pensée comme celles du contexte historique de lutte anti-escalvagiste, anti-raciste, peuvent se montrer tributaires d'une syntaxe qui parfois a prolongé les postures manichéenne, essentialiste, voire racialiste qu'elles rejetaient pourtant catégoriquement elles-mêmes. Mais le plus urgent est d'en extraire la substance, par-delà les préjugés d'époque et le tempérament parfois exclusiviste. Pour autant, ce que ces pensées nous enseignent est sans précédent, surtout dans un contexte où la démission de la lecture patiente et rigoureuse des œuvres a souvent relégué la pensée à la non-pensée, aux idées fausses, à la dogmatisation, à la marchandisation journalistique, et à la simplification outrageuse des débats de salon. Ceci exige du spécialiste une double prudence, une double distance critique, l'essentiel étant de pouvoir tirer les enseignements profonds, universels, utiles et impérieux par ce temps de Combat pour la libération économique et politique des peuples et des États kamites, mené aujourd'hui avec courage et lucidité par des milliers de nos penseurs, combattants des libertés, intellectuels, philosophes, mathématiciens, avocats, artistes, businessmen, enseignants... Une autre question est de statuer sur le statut philosophique du garvéhisme, nous y apporterons des réponses dans ce texte.

II- OBJETS

1-Le garveyisme est une philosophie politique, une philosophie du développement fondée sur la Mesure, le calcul, la prédiction de ses actes pour avoir la maîtrise de ses choix, de son organisation, où la pensée joue un rôle d'éclairage, de canalisation, de prévision, de projection. Maître de l'intelligence de l'organisation et du Management, Garvey constitue dans notre Histoire intellectuelle et politique un Génie encore assez mal connu et dont la pensée est cependant originale et riche. Car il a trouvé la juste réponse au problème Noir au siècle dernier. A l'exclusion, il opposa l'auto-organisation en vue de la conquête de sa propre indépendance économique et politique pour forcer les Respect à l'aune de sa capacité à être responsable de son destin. Ici, les Kamites sont invités à devenir ce qu'ils décident enfin de devenir eux-mêmes. Non pas ce qu'on a fait d'eux, ce qu'on dit qu'ils sont, ou ce que l'on a décidé d'en faire, mais ce qu'ils font eux-même de leurs potentialités retrouvées, de leur destin re-façonné, le pouvoir qu'ils ont de le ré-inventer, d'investir des réseaux d'organisation permettant de retrouver la dignité perdue. Cela passe par le fait d'avoir eux-mêmes confiance en eux, pour entreprendre des projets fiables. -Ce visionnaire nous vient de ce pays prodigieux qui nous a donné deux Exceptions: Bob Marley et Marcus Garvey. Lui aussi, à la manière de tous les Grands, il a quitté sa Terre natale, la Jamaïque, puis s'est rendu aux États-Unis, avant d'en être expulsé en 1927, et de s'installer en Angleterre. Sa puissante organisation, l'UNIA s'est répandue dans plusieurs pays dans le monde, en Amérique Centrale, au Mexique et au Panama, dans les Iles, puis vers les colonies de l'Angleterre, de la France, de la Belgique, qu'il a visitées, jusqu'au Liberia, et dans l'Afrique du Sud - raciste d'alors...

2-De cette vie pleine de tumultes, d'enseignements et de génie organisationnel, Garvey devait tirer des règles de vie, des normes de résistance, des principes efficaces d'adaptabilité, qui allaient devenir les prémices d'un ensemble de leçons, elles-mêmes la matière d'un livre au titre déroutant: LE COURS DE PHILOSOPHIE AFRICAINE. C'était son testament politique et spirituel, offert à la postérité en vue de poursuivre le Combat pour l'indépendance des Noirs par la construction efficace et rationnelle de leur propre destin de puissance. Ce n'était donc pas la manière spéculative avec laquelle KAMA (nom originel de l'Afrique) pense la philosophie aujourd'hui, et qui n'a pas d'emprise sur la Réalité, mais reste confinée à l'idéalisme. A l'inverse, Ta Sety et Ta Mery qui avaient philosophé en élaborant des doctrines attentives à la transformation de la réalité... C'est aussi en cela que la traduction récente de ce livre en français qui défend l'auto-détermination historique des sujets propres au garveyisme vient bousculer l'idéalisme dominant de la philosophie africaine, en l'invitant à se penser comme Acte de liberté historique et de transformation concrète.

3-Rudement éprouvé par la vie, par la Condition des Noirs aux USA et dans le Monde, il devait lui opposer des techniques sévères de résistance, pour affronter - et engager le corps-à-corps avec - la Grande épreuve de l'existence dont toute sa vie a fait l'expérience à travers l'élaboration d'une organisation rationnelle préparant les cadres et les leaders kamites du monde entier. Ainsi c'est dans ce riche et douloureux parcours en lequel puise sa pensée, qu'il va apporter une réponse dynamique face au chaos de l'Histoire.

4-De la sorte, ce ne sont ni la résignation, ni le fatalisme, ni la peur et l'aliénation qui vaincront, mais l'action raisonnable, fondée sur l'expérience, sur l'attention de l'instant, de la situation, sur notre condition d'exclusion économique, politique et industrielle. Et cela n'appelle qu'une seule réponse: la Dé-marginalisation, c'est-à-dire la décision de sortir de la capture de l'extériorité, sortir de ce soi aliéné, par l'auto-discipline, par la prise en main de son propre destin historique, en rejetant de la sorte progressivement sa situation de marginalisation, d'aliénation, de domination économique, politique, industrielle et militaire. La considération qu'on doit au garveyisme tient en partie de cette unité des idées et de l'Action. Ce pionnier a développé un programme d'action rationnel, organisé, efficace et puissant, qui a rassemblé plus de 8 Millions de membres, issus de plus de 42 pays. Rappelons que l'UNIA, cheval de bataille de son combat a créé des Universités et des instituts de recherche, des usines fortes, une organisation militaire...

5-Mais le plus significatif chez Garvey, c'est la traduction idéelle de cette vision révolutionnaire de l'extensionnalité de la résistance par la pensée, laquelle se traduit par l'élaboration d'une philosophie, entendue au sens marxien d'une pensée en combat permettant la libération de toute forme de répression, de négation et d'exploitation économico-politique.

III-LA PHILOSOPHIE AFRICAINE DE MARCUS GARVEY: L'HOMME SUPÉRIEUR ET LA REINVENTION DE SA LIBERTE.

1-Il convient d'abord de comprendre la singularité de l'idée philosophique ici. Elle n'est pas spéculative, abstraite, mais le gage d'une pensée attachée à la praxis. Qui vise la transformation matérielle à la manière du matérialisme historique marxien (en lui déniant l'idée d'athéisme propre à Marx), et pas seulement le niveau de la conscience comme dans la querelle que Marx impute à l'idéalisme hégélien. Le matérialisme organisationnel garveyien vise d'abord la destruction effective de l'oppression - celle des Noirs dans le Monde, en leur enseignant la rigueur de l'auto-discipline et de l'organisation collective des talents. De cette doctrine révolutionnaire, vivante, Garvey a été lui-même le premier martyre, dont l'intelligence de l'organisation reste pour l'essentiel inégalée en pays kamites.

2- Cette doctrine doit donc être étudiée, comprise et vécue pour ce qu'elle dit être, expérimentée, qu'il adresse à ses élèves à travers des leçons, des conférences qui visent le fait historique et pratique de l'Amélioration Universelle de la situation des Noirs. Ces disciples, en Angleterre, notamment pendant le mois de septembre 1937, ne sont pas éloignés de lui, du moins ceux qu'il a lui-même sélectionnés comme Neb Wsjrê et les Apôtres, lesquels de la même manière vivent avec le Maître comme dans une communauté où la doctrine est mise en pratique. Les 12 de Garvey écoutent les Cours pendant 12 heures par jour, prient ensemble, travaillent ensemble, mangent ensemble, et copient chacun à la main les différentes leçons qui font ce livre de 22 leçons en un Cours au titre prescriptif, nommé la "Philosophie Africaine".

3-Outre la vertu de l'auto-organisation, le garveyisme en recommande une autre au sein du peuple, l'auto-discipline, laquelle permet d'identifier et de dépasser ses propres faiblesses, ses hésitations, ses incertitudes, ses lourdeurs. Seul un peuple acquis au sacrifice par la patience et la puissance du labeur, et à l'acharnement au travail pensé, prédictible, structuré, coordonné, peut se prendre en charge, se relever, se donner une nouvelle identité, une nouvelle direction méliorative à sa vie, et s'arracher à son destin de dominé, d'opprimé, à ses chaînes. Ainsi donc, c'est en dominant soi-même sa domination qu'on cesse d'être vaincu par l'Histoire, en combattant contre soi-même, contre ce que l'on est devenu et que l'on ne devait pas être, en détruisant ce "soi" acquis à la "servitude volontaire", ce "soi" fatalisé, résigné, obéissant, puisant dans son propre "Non", dans sa propre énergie qu'un tel peuple se revitalise, et réécrit son Histoire.

4-L'idée qui constitue la substance de ce livre, c'est celle de l'impératif de l'étude, recommencer sans cesse à apprendre après avoir étudié dans les institutions de savoir classiques. Recommencer sa propre instruction, celle qu'on choisit d'avoir, sans oppression, en jurant contre les héritages dévoyés, contre toute forme de savoir qui enseignerait l'auto-résignation. Il combat fermement l'ignorance qui gagne, établit-il, le monde kamite contemporain, et confère la première place à l'éducation, à la lecture sélective, aux ouvrages d'érudition et aux textes déroulant les bibliographies des grands hommes pour s'approprier l'intelligence, l'héroïsme et la stratégie managériale de leurs parcours, de leurs trajectoires, la puissance de leurs résolutions des problèmes tenaces auxquels ils étaient confrontés. Et puiser dans cette somme d'idées sa propre somme d'idées, sa propre vision émancipatrice du monde. La première Leçon de son livre est consacrée à cela. La seconde Leçon, majeure, invite chacun à conquérir l'intelligence économique dominante, pour conquérir le leadership qui sommeille en chaque homme, et commande de devenir son propre leader, le guide de sa propre existence, l'initiateur de ses propres projets, construire son propre Ordre par-delà les mondes qui nous tétanisent et nous interdisent de faire monde, et se conduire le destin du monde, ce qui exige de restaurer cette identité nouvelle que le garveyisme octroie à l'homme libre, qu'il nomme "l'Homme Supérieur" celui va revitaliser sa personnalité, laquelle ne doit point négliger l'apparence physique, qui demeure dans la société industrielle un critère d'appréciation et d'évaluation, plus encore dans le monde entrepreneurial et sophistiqué du leadership et du Management. Mais il ne devra jamais être extravagant, Le leader est régenté par lidée du Modèle, de conscience dynamique au sein de sa communauté - qui le promeut et qui est la Cause de son Combat, la Cause de son être-pour-l'Accomplissement. Il agit avec intelligence, discernement, distinction, ne parlant qu'avec science, de ce qu'il connaît parfaitement, admirant et galvanisant les héros de son peuple. Sans être sophiste, il s'appuie sur la rhétorique, et use d'une élocution raffinée, qui clarifie ses idées, les rend captivantes, convaincantes, qui confortent la posture de la Mission de ceux dont l'existence fusionne avec l'idée de Mission historique ( Leçon n° 4). La Formation sans cesse renouvelée aide à saisir les Enjeux réels du combat et permet de prendre la mesure des visées stratégiques et politiques de l'Ecole de pensée garvéyiste pour le peuple et la Nation kamites invités à devenir des leaders, des pionniers, à redevenir comme à KAMA, à Ta Senit, à Ta Mery, des Bâtisseurs, des Guides de l'humanité...

5-La théologie garveyiste est très intéressante, qui revendique la souveraineté de Dieu, un Dieu universel, Esprit supérieur, absolu duquel tout procède, et qui est le pourvoyeur de l'intelligence universelle, laquelle est en chaque être, et est garante de l'Ordre et de l'Organisation cosmique (Leçon n° 5). Sa conception du Christ est identique, rationnelle, qu'il loue pour l'exemplarité de sa droiture, et pour la supériorité de sa pensée et de son témoignage de justice et de vérité. De sa leçon universelle de l'Amour et de sa capacité à galvaniser par l'Esprit tout ce qui est... (Leçon n° 6). La Leçon n° 7 est particulièrement importante, laquelle décrit l'anthropologie subversive garveyiste, où l'homme supérieur, le Bâtisseur, le Guide de l'humanité, l'homme travailleur, l'homme de valeur apparaît comme un sujet de l'histoire, attaché à l'honnêteté, considérée chez Garvey comme la valeur cardinale. Rappelons qu'il s'agit de l'une des 42 vertus principielles de la Maât. Cette anthropologie est parfaitement maâtique, qui recommande de s'attacher à la vérité, de ne "violer aucune règle ou loi" pour ne pas perdre le respect de sa Communauté, de son peuple, de sa Nation. L'amour gagne à être fondé sur le développement mutuel des qualités et des valeurs supérieures de l'Homme suopérieur. Ne jamais commettre d'adultère, mais rester vertueux, intègre. Son Système social idéal (Leçon n° 7) consiste à protéger le bien commun du plus grand nombre. A protéger l'intérêt commun. Avant de le combattre, si cela est vraiment nécessaire, le plus impérieux est d'en comprendre l'intelligence, le fonctionnement, les logiques internes, les stratégies... Garvey est un Maître-stratège. Il déconseille la Rébellion, sauf nécessité extrême, mais opte en revanche pour une autre forme de révolution celle qui nous transforme nous- mêmes, nous qualifie, nous rend performants, nous transmute, pour produire la société émancipée, élevée, libre et prospère que nous souhaitons avoir nous-mêmes. Plutôt que de combattre de front le système, il recommande d'entrer en guerre contre soi-même, de batailler sans cesse contre ses lacunes, ses manques, pour s'élever jusqu'au rang des héros, des Bâtisseurs que la société dans laquelle nous vivons nous interdit d'être. Mais parvenus à ce niveau, elle est obligée de nous respecter... Car, devenus excellents, on constitue modèles d'une autre forme de société qui garantit l'unité et la fraternité des Kamites. Sa récusation du mariage mixte reste une topique d'époque plutôt détestable, mais propre aux sociétés séparatistes, qu'il justifie par le principe de la préservation de sa communauté de la souillure de la société corrompue (Leçon n°8)... Il voit dans la diplomatie la science de la mesure, de la prudence et de la discrétion qui régule les relations humaines et internationales (Leçon n°9). L'économie elle pour lui régulée par une dualectique dynamique autour des principes de l'épargne et de la plus-value (Leçon n°10). Sa conception de l'homme est tributaire de l'idée édénique d'incomplétude, aussi est-il important qu'il se perfectibilise, qu'il s'élève comme doit l'être celui qui a perdu la liberté et qui s'oblige à la reconquérir. L'éducation l'y aide, qui doit être à la fois celle du pays qu'il habite et de celle sa propre culture, de l'histoire de son peuple, qu'il place stratégiquement au-dessus de l'histoire commune, l'histoire républicaine (Leçon n° 11). Sur le dessein des institutions, il en recommande autant la compréhension que la création pour pouvoir atteindre les objectifs économiques et politiques, mais surtout organisationnels. Cette organisation institutionnelle et unitaire vise la conquête de la puissance par les Exclus, et s'appuie sur la doctrine de la confiance de soi et du groupe (12). Il pense l'Univers comme un éternel mystère, en dépit des avancées de la science, sa cause reste inexplicable. Il y trouve un grand intérêt pour poursuivre son étude autant qu'il fait un parallèle avec l'idée kamétique et par la suite socratique du "connais-toi toi-même". Sa philosophie de l'Etre supérieur l'amènera à conclure ici que ce que les Hommes gagnent dans ce mystère, c'est de construire autour d'eux un Univers où ils deviendront les êtres les plus Excellents possibles, à l'image du Christ. Connaître l'Univers, c'est chercher à se connaître, à connaître Dieu, et à s'élever vers les plus hauts sommets de de la connaissance, et de la connaissance de soi. La science y aide sans jamais épuiser ce mystère (Leçon n°13).... Les Leçons 14 et 15 traitent d'abord de l'initiative personnelle ( qui pousse à vivre pleinement, à être libre, à se protéger soi-même, et à obtenir le meilleur de soi et pour soi, sans dépendance ni aide extérieures. Le libéralisme communautariste ou encore le communautarisme libertaire de Garvey se déclare dans ces Leçons où il dit de s'aider d'abord soi-même, de chercher à se faire confiance soi-même, pour être capable d'entreprendre soi-même ses projets, en toute intelligence, en toute confiance, en toute conviction, selon la souveraineté de sa décision, de sa personnalité, de sa volonté. Sa théorie de la volonté est cosmique: "ne permettez à personne, à l'exception de Dieu, de Tout-Puissant, d'altérer votre volonté, car votre volonté est votre décision, et votre décision est votre intelligence, et votre intelligence est votre personnalité, et votre personnalité est votre confiance en vous et vos initiatives" (p. 183). Ensuite, il soutient que la Personnalité est garantie par la rigueur et par le principe d'exemplarité, car pour être leader, Etre Supérieur, Homme Supérieur, il importe de convaincre les autres de vous suivre, de vous imiter, de mettre en pratique vos maximes, vos pensées, vos conseils, faudrait-il d'abord réussir soi-même de manière fulgurante, pour devenir facilement un exemple, l'exemple de tous. La personnalité garveyienne accorde, il y insiste, de l'importance à l'image que l'on produit, que l'on défend, l'image sociale que l'on renvoie aux autres, laquelle doit dérouler les valeurs et les Normes qu'on incarne et pour lesquelles on est prêt à se battre, à tout engager, à gager sa vie. Sur la propagande (16), Garvey met en relief son extraordinaire ambivalence, visant tout à la fois l'expansion de l'intelligence et de la valeur et la promotion de ce qui est faux, cette indécidabilité la rend injuste et juste, elle appelle donc toujours le discernement des consommateurs et l'acuité de ceux qui imputent à son organisation. Comme il y a de bonnes guerres et de mauvaises guerres, le mieux est d'y réfléchir longuement, avant de s'y engager, et de s'assurer absolument qu'elle est à notre avantage, qu'elle nous est profitable. La Leçon 17 qui porte sur le "Communisme" montre la grande vigilance garveyiste qui souligne que Marx n'a pas pensé suffisamment le contexte historique des Noirs et que le combat communiste ou socialiste ne les concerne pas de prime abord, puisqu'il vise le profit de sociétés capitalistes et industrialisées, même dans l’hypothèse des masses travailleuses exploitées, il est question de s'approprier les privilèges, les moyens de production par les uns ou par les autres... Or, cela n'aiderait pas les Kamites, qui gagneraient plutôt à ne pas se laisser distraire par les combats de ces mouvements mais à construire leurs propres modes de production, leurs entreprises, leurs organisations, leur puissance, celle des Êtres supérieurs, pour devenir leur propres Maîtres, les Maîtres de leur prore Histoire, leurs propres Maîtres, et donc les Maîtres de l'Histoire humaine. Les Chinois, les Indiens qui étaient donnés pour pays exploités se sont émancipés de ce statut de minoration, les Noirs demeurent surexploités. La Leçon 18 examine la logique des Échanges commerciaux et industriels, et le système universel des échanges, dans laquelle les Kamites doivent s'inscrire avec prudence et patience, en respectant les étapes de l'institutionnalisation de cette dynamique, pour en tirer le meilleur parti. La Leçon 19 recommande de Gagner le monde par l'éthique de la Bonté, et d'enseigner la générosité et la correction même dans le refus. Majeure, la Leçon n° 20 enseigne à vivre pour une Cause, une Mission, un Idéal. Les deux dernières Leçons (21 et 22) présentent l'UNIA et son programme d'Action pour une période 5 années.

IV-POUR NE PAS CONCLURE

Le garveyisme ne doit plus être évoqué, célébré sans en étudier rigoureusement la pensée, par-delà tout populisme, toute simplification affligeante, mais gagne à se penser dans le détail, les arcanes, les pliures des doctrines, pour autant qu'il s'agisse d'une pensée importante de contre-servitude, de dé-marginalisation économique, qui diagnostique correctement l'oppression historique des Noirs, leur exclusion systématique du système économique, des systèmes d'échanges mondiaux, et entend dépasser cette situation d'exclusion, d'oppression et d'aliénation, en leur enseignant la vertu de l'initiative privée, l'intelligence, du courage de l'entrepreneuriat, l'audace de l'auto-discipline et de l'auto-organisation d'un peuple, qui crée sa propre société sa propre puissance d'être, et renverse son Manque d'être. Moment fulgurant de l'organisation devenue la source d'un autre Destin, qui renverse celui qu'il a toujours avait porté et supporté, et invente un Destin de Bâtisseur, de travailleurs intelligents, d'Etres Supérieurs qui détruisent la société répressive et oppressive qui leur opposé une négation systématique. La pensée consciente et révolutionnaire de Marcus Garvey est une négation de la négation, un Non inventif, une Organisation libératrice, qui nous invite de la sorte à sortir de la conception paresseuse et extérioriste de la sortie de crise, et du développement. Le schéma garvéhiste est celui de l'éducation, de la formation continue du peuple et des élites, pour produire les racines de la confiance retrouvée, que des centaines de siècles de Trauma dû aux traces de l'esclavage et de la Colonisation ont laminée. L'homme garvéhien est un Etre pour le projet, il projette son intelligence dans le Néant, néantise le Néant, le fait advenir comme Puissance d'être, Supériorité de l'intelligence et de son actualisation, sa présentification, trouvant en Dieu la source d'une Energie inextinguible et d'un Génie illimité, conforte la véritable liberté humaine, son sens de l'entreprise, sa Décision d'être, son choix d'ek-sister comme Bâtisseur. De là l'héritage pharaonique de cette pensée, fondée sur la transformation de la matière, des rôles historiques, de nos Rapports aux Autres par un travail d'extensionnalité de l'intelligence, et d'auto-création de soi, d'auto-redescription de soi (Rorty), en retrouvant une l'intelligence qui diffère sans cesse ses possibles, ses spectres, cette pensée crée l'événement au sens derridien d'une déconstruction j'ajouterai "asymétrique", celle de la tétanisation d'une domination stable, indépassée, indépassable, uniformisée, naturalisée. L'universalité de sa pensée vient de ce qu'elle se réclamme de l'intelligence pour construire son schéma de développement et de libération. Cette intelligence sommeille en tout Homme, et demande à être réveillée, à être mise en œuvre pour se retrouver soi-même, retrouver son être propre, l'Homme supérieur est une intelligence qui organise son intelligence, et qui va transformer historiquement les défaites de notre Destin en victoires. L'héroïsme garvéhiste rencontre l'héroïsme diopien qui invite lui aussi à libérer en nous le Prométhée qui sommeille pour dé-chaîner l'humanité de l'ignorance, de la stagnation et de l'arbitraire en s'armant de science jusqu'aux dents. Un héroïsme de la Raison, car c'est par la pensée devenue intelligence organisant la fin de la réification et l’avènement de l'émancipation que l'on redevient cet Homme Supérieur qu'on était naguère, et qui avait été occulté, oublié, falsifié, par les incidences de l'Histoire, par la résignation à porter un nom immuable, minorant, né des longs traumatismes qu'elle a déroulés. Redevenu Bâtisseur, l'Homme garvéhiste est sa propre construction, sa propre re-création, qui rompt avec les contre-créations de soi, sa propre réfutation de la réification dominante au profit de son dépassement incessant, jusqu'à conquérir ce que Garvey nomme l'éternité, autre héritage de Kémèt. Producteur d'institutions nouvelles, qui régulent la dynamique des échanges et de la production, de la vie et de sa libération, il est à la fois économiste et philosophe. La performance économique apparaît alors comme l'une des clefs de voûte de cette philosophie du développement, qui enseigne un penser qui se contextualise et se re-contextualise en contexte de libéralisme communautariste. Et en un matérialisme des organisations pour le moins homéostatique, holistique. Cette vision holistique de l'auto-production des valeurs libératrices de libertés permet de reprendre le flambeau de de la construction universelle de l'Histoire pour lui imprimer une orientation et une ardeur dont le monde kamite aurait bien besoin, et par-delà, tout Etant, tout Homme, tout l'Homme. A la manière de Towa, il épelle le renversement de la puissance de servitude par la puissance de la Raison, il fait plus, il invente une puissance qui transforme l'Histoire, une puissance qui traverse le peuple, les élites, les Nations, pour retrouver la jeunesse éternelle de la Maât, toujours en marche vers la quête de l'Homme, lui aussi nommé le Bâtisseur de la Civilisation de l'intelligence de l'Ordre, de l’Équilibre, de la Raison... Marcus Garvey est demeuré Africain et a épanoui cette grande tradition égypto-nubienne qui est un impératif catégorique: l'exister comme aventure héroïque de la Raison pratique, tout attachée à la création de l'éternité sur terre, et à bâtir une civilisation universelle, excédant les sectarismes et les clôtures, mais risquant le jeu de la compétitivité de l'économie-monde, ouvrant une humanité à l'intelligente illimitée et libertaire.

V-LIVRE

Marcus Garvey, Message au Peuple: Le COURS DE PHILOSOPHIE. Edité par Tony Martin, traduit par Ama Mazama, Ménaibuc, 2010, 309p.

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