Qu'est-ce-que la « Beauté »pour moi: J'écris ce texte parce...

Qu'est-ce-que la « Beauté »pour moi:

J'écris ce texte parce que depuis longtemps – et plus davantage depuis hier -, des personnes se posent des questions vis-à-vis de mon rapport à la beauté. C'est un thème récurrent dans mes poèmes, ou équivalent. Mais également dans ce que j'écris en lien avec mon parcours personnel, avec mon regard sur les autres – les femmes notamment -, ou avec des souffrances et des blessures concernant mon enfance, mon adolescence, ainsi que les premières années de ma vie d'adulte.

J'avoue que c'est un sujet particulièrement délicat et douloureux. Il est lié à mes plus lointains souvenirs, à des périodes très traumatiques de mon existence dont j'ai déjà relaté quelques épisodes marquants au sein de textes plus ou moins récents. Il fait également référence au regard que beaucoup de gens ont porté sur moi tout le long de mon itinéraire ; et ce jusqu'à il n'y a pas si longtemps que cela. Il est encore rattaché à mon handicap, à la tâche de vin ancrée sur une fraction de mon visage depuis le jour de ma naissance. C'est encore une question qui est enchainée à la confiance en soi, à la façon dont on se voit, et à la manière dont sa personnalité s'est construite.

Il y a tant de facteurs qui entrent en ligne de compte. Et croyez-moi ou non: c'est un thème sur lequel j'ai eu l'occasion d'énormément réfléchir tout lez long de mon parcours personnel.

Déjà, il y u point sur lequel je désirerai insister: la notion de « beauté » est une notion relative. Que nous soyons homme ou femme, quelle que soit notre couleur de peau, notre origine sociale, culturelle, religieuse – ou pas -, ethnique, que nous soyons handicapé, différent de quelque façon que ce soit, nos critères de « beauté » sont différents. Cela dépend de beaucoup de choses. D'autant que le mot « beauté » regroupe énormément de particularités.

Bien-sûr, il y a la beauté physique. C'est celle sur laquelle s'attarde le plus des individus – hommes ou femmes – dans une société où l'apparence est un critère essentiel dans le rapport que les uns ont avec les autres. N'avez-vous pas remarqué que les hommes seront plus prévenants, plus gentils, plus attentifs, etc., avec une jeune femme qu'ils définiront comme « belle », plutôt qu'envers une femme qui a des rondeurs, qui n'est pas apprêtée, maquillée, ou au physique « avenant ». Ceci dit, c'est vrai pour les hommes. Mais ça l'est également pour les femmes, qui préféreront inconsciemment – qu'elles le veulent ou non, qu'elles acceptent de le constater ou non – choisir comme cavalier à une soirée, par exemple, un homme qu'elles considèrent comme « beau », plutôt que le timide, avec de l'embonpoint, et mal fagoté qui est assis juste à coté.

La mode et ses critères, dans une civilisation de l'image, est en partie responsable de cette façon de fonctionner de la part de chacun d'entre nous. Depuis des décennies, ces modèles nous sont renvoyés à longueur de journée sur nos téléviseurs, sur internet, sur les panneaux publicitaires dans la rue. Partout où nos yeux se portent, les femmes que nous y admirons sont soumis à des standards de beauté qui, s'ils sont actuellement considérés comme attirants, envahissent notre quotidien. Même lorsque nous ne voulons pas nous y arrêter. Forcément donc, ils pénètrent continuellement notre esprit, ils se glissent au plus profond de notre psychisme, de notre inconscient. Et sans que nous le désirions vraiment, ils se transforment en référence de base à ce que nous définissons comme « un homme beau » ou « une femme belle ».

Dans un monde où il est devenu habituel de mettre chaque personne dans une petite case, afin qu'elle corresponde à une « norme » standard, il est naturel que la « beauté » contribue à cette état.

Or, moi qui suis historien, et qui ait étudié nombre de périodes passées, je sais que les normes auxquelles nous nous référons aujourd'hui dans ce domaine, n'ont pas toujours été celles-ci. Actuellement, les top-models que l'on voit défiler sur les podiums, et qui servent d'élément déterminant dans le regard que nous avons sur ce qu'est une « belle femme » glisse subrepticement vers l’androgynie. Comme la plupart des vêtements que nous portons, et qui sont vendus dans les magasins d'habillement, sont destinés aussi bien aux hommes qu'aux femmes, les grands couturiers – et donc les mannequins – se basent sur ce qui est un des points essentiels de la civilisation actuelle.

Vous le savez autant que moi – et c'est une bonne chose -, depuis les années soixante et le désir d'égalité entre l'homme et la femme dans tous les secteurs de l'existence – métier, enfants, sports, loisirs, sexualité, etc -, la femme revendique son droit à la liberté. Soumise depuis que le monde est monde au diktat du « mâle » soi-disant supérieur, et du pouvoir qu'il s'est arrogé, aujourd'hui, elle exige qu'elle soit considérée au même niveau de compétences que lui. Et c'est une bonne chose, même s'il y a encore un long chemin à parcourir pour qu'elle y parvienne totalement. Regardez le nombre de femmes, parmi nos politiques, parmi nos dirigeants économiques, etc. comparés aux hommes ; elles sont encore minoritaires. Dans le domaine religieux, la discrimination existe toujours. Sauf chez les Protestants et assimilés, il n'y a pas de clerc ou d’imam femme. Au Proche et au Moyen-Orient, le combat est encore très loin d’être gagné contre ceux qui estiment que la femme est inférieure à l'homme – la burqa, le niqab, le voile, et dernièrement, le « burkini » - défrayent régulièrement l'actualité. Malheureusement, les mentalités ont encore beaucoup de mal à évoluer ; et avec une lenteur incroyable, en proie à des réticences, des automatismes, des réflexes d'un autre age.

Et même chez nous, il n'y a pas si longtemps, ces archaïsmes étaient présents. Notre vision de la beauté était aussi tout autre. Ainsi, au XIXe siècle, l'un des critères principaux de beauté chez une femme était ses rondeurs. Aujourd'hui, cette même femme serait considérée comme corpulente, et donc sans attraits. Pire encore, on la moquerait, on la repousserait. Il y a un siècle, les hommes l'auraient vu comme possédant une plastique avantageuse.

En tout cas, pour ma part, pour revenir aux mannequins qui défilent sur nos podiums de nos jours, si leurs visages sont « beaux », leur minceur – leur maigreur, plutôt – n'a, à mes yeux, rien d'attrayant. On leur voit souvent les os. Leurs jambes et leurs bras sont squelettiques. Elles n'ont ni fesses ni seins. On dirait qu'elles n'ont pas mangé depuis des jours, voire des semaines. Quand j'y songe, elles me rappellent parfois les cadavres ambulants que les Alliés ont sorti des « camps de la mort » nazis à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. J'avoue, par ailleurs que c'est une dérive qui m'inquiète un peu, lorsque je constate que nombre de jeunes filles – adolescentes le plus souvent – qui tentent leur de ressembler, avec les risques d'anorexie et de boulimie qui s'ensuivent inévitablement.

Quel rapport avec la beauté, plus généralement? C'est que nous sommes en permanence sollicités par ces images de femmes telles que celles-ci. Toutes celles qui ne rentrent pas dans ces cases sont considérées, au mieux comme quelconque, au pire comme laides. C'est horrible à dire. C'est humiliant, c'est dégradant, c'est traumatisants, pour celles qui en sont victimes. Et je suis, o combien conscient des dégâts irréparables sur la façon de se percevoir, sur l'estime de soi, sur le respect que l'on se porte, lorsqu'on est confronté des années durant à la façon dont les « autres » nous regardent ; en fonction de l'apparence qui est la notre. C'est d'autant plus blessant, cruel, que des maximes usuelles sont souvent employées pour justifier ce comportement: « ce que tu montre à l'extérieur, montre également ce que tu es à l'intérieur », « ce que tu porte sur ton visage est le reflet de ton âme » ou « de ton cœur », etc. Il est évident qu'avec de tels préjugés au départ, même avant que vous n'ayez ouvert la bouche pour vous présenter, avant de serrer la main à votre futur interlocuteur ou interlocutrice », vous êtes immédiatement catalogué. Comment se battre contre de tels opinions « a-priori »? Des présomptions sur lesquelles vous n'avez aucune prise, que vous êtes incapables de repousser ou d'effacer, tandis que le regard instinctif se pose sur vous à votre première rencontre?

Si j'insiste particulièrement sur cet aspect des choses, c'est parce que j'en ai moi-même été victime très souvent tout le long de mon existence. Pour ceux et celles qui me suivent depuis des mois – des années parfois -, vous le savez, je suis né avec une tache de naissance se dessinant sur la partie supérieure gauche de mon visage. Je suis également doté d'une hémiplégie partielle de ma jambe et de mon bras droit ; consécutif à des crises de convulsions à l'age de six mois. Par la suite, il m'a fallu une vingtaine d'années d'efforts continuels, de rééducation chez un kinésithérapeute plusieurs fois par semaine, afin de retrouver une mobilité partielle de mes membres droit. Il m'a fallu maints séjours à l’hôpital durant mon enfance, me gênant le long de plusieurs années de scolarité, pour stabiliser les crises de convulsions dont j'ai été l'objet à cette époque. Mais, surtout, et c'est cela qui a été le plus éprouvant, c'est que, durant toute cette mème période, j'ai été la proie incessante de mes camarades de classe. Leurs moqueries, leurs rejets, leurs regards, leurs grimaces, continuelles. Comme je l'ai déjà évoqué, les garçons qui ne me serraient jamais la main. Ou, s'ils y étaient contrains, qui se l'essuyaient aussitôt, de peur de se salir à mon contact. Les filles, qui ne me faisaient jamais la bise pour me dire bonjour également, qui évitaient de me croiser, qui chuchotaient à mon passage.

Je n'ai eu que très peu d'amis au cours de mon enfance, pour ces raisons. Je me suis réfugié progressivement dans mon monde: ma chambre. Entouré des mes jeux de construction lorsque j'étais enfant. Dans mes livres, dans l'écriture, à partir de l'adolescence et de l'age adulte. Peu à peu aussi, à force de ce genre de comportement de la part des jeunes de mon age, j'en suis venu à craindre leur regard ; à avoir peur de leur contact. Une peur viscérale, parce que je sentirai le poids de leur jugement vis-à-vis de mon apparence sur les épaules. Quoique je fasse, quoique je dise, j'étais mésestimé, humilié, repoussé, moqué. Mon père, comme je l'ai également évoqué ailleurs, souvent, m'a pris pour un moins que rie, ; quelqu'un qui n'arriverai jamais à se positionner dans la société. J'en suis, à l'adolescence, venu à me haïr, à vouloir plusieurs fois mettre fin à mes jours. Je ne me supportais plus physiquement. Car, plus je grandissais, plus le regard des jeunes hommes et des jeunes femmes à mon égard, se durcissait, se faisait sans pitié ; plein de méchanceté gratuite. Alors que je changeais, et que je prenais conscience des désirs et des sentiments naissants à l'égard des femmes, ce que j'éprouvais était immédiatement foulé aux pieds, moqué, rejeté. Dès que je croisais une jeune femme qui me « plaisait », la terreur m'envahissait. Elle était incontrôlable, source d'angoisse et de souffrance. L'attirance que je ressentais était une véritable torture, une lente descente aux enfers.

Ce qui aurait été, pour n'importe quel jeune homme, ou n'importe quelle jeune femme, de mon age, un passage à l'état d'adulte, n'a été, pour moi, que cauchemars, violences psychologiques continuelles. Ce qui aurait dû être un rite initiatique permettant de découvrir qui on est, son rapport aux autres, ce que l'on peut leur apporter, ce qu'ils peuvent nous apporter, à été emprunt de dégoût et de haine de moi-même pour ce que je n'étais pas capable de vivre. Ce qui aurait pu être un moyen de montrer ses qualités et ses défauts, ses forces et ses faiblesses, ses ambitions, etc. a été une longue route solitaire. Une route où j'ai en permanence regardé les autres – mes rares amis – profiter pleinement de ce que l'existence leur offrait, et qui m'étais refusé.

Lorsque j'ai eu l'age de dix-huit ans, je suis allé voir un chirurgien esthétique pour me faire enlever ma tâche de naissance. J'ai déjà évoqué cet épisode dans un autre de mes textes personnels. Ce chirurgien m'a assuré qu'il serait apte à m’ôter plus de 90 % de celle-ci. Et pour me prouver ses dires, il m'a recouvert ma tâche d'une sorte de maquillage spécial pour ce genre d'opération. Il souhaitait me montrer quel visage serait le mien lorsqu'il aurait terminé ses interventions. Pour la première – et unique – fois de mon existence, j'ai contempler les deux cotés de mon, visage identiques. Comme n'importe qui. Le lendemain, enduit de ce maquillage, je me suis rendu en cours. C'était ma dernière année de scolarité. Tout d'abord, mes camarades de classe n'ont rien remarqué. Puis, tout à coup, une des jeunes femmes présentes m'a porté davantage attention. Elle a eu un hoquet de surpris. Tout le monde s'est figé dans ma direction. Comme s'ils me voyaient pour la première fois de leur vie.

Les jeunes femmes de mon age ont fait remarquer qu'elles me trouvaient « assez séduisant ». Pour l'anecdote, quelques jours plus tard, je suis allé passé un samedi après-midi chez un copain. Je l'ai attendu devant la gare quelques minutes, le temps qu'il me rejoigne. C'est la première fois de mon existence où une jeune femme que je ne connaissais pas, et qui patientait aussi à quelques pas de là, m'a abordé, et m'a « dragué ». A la fin, elle souhaitait que nous allions boire un café dans un bar à proximité. Mais mon copain est arrivé en même temps.

Si ce que j'évoque là m'a profondément marqué jusqu’à aujourd'hui, c'est que peu de temps après, je me suis fait opéré par ce docteur. Mais les événements ne se sont pas déroulés comme prévu. Il m'avait laissé entendre qu'une seule intervention suffirait pour que mon visage soit « réparé ». En fait, il y en eu une bonne demi-douzaine, étalées sur plusieurs années. De la transplantation de peau, diverses techniques au laser, j'en passe. Physiquement, j'ai beaucoup souffert. Mentalement aussi, parce que le résultat n'a pas été conforme à ce qu'il m'en avait expliqué. Au contraire, j'étais couturé de cicatrices, du fait des transplantations de peau. Mon visage était asymétrique à gauche, ma paupière gauche légèrement tombante. Evidemment, avec le temps, les cicatrices se sont estompées – mais pas entièrement. Ma paupière tombante l'est toujours un peu. Mais j'ai dû faire mon deuil – si j'y suis parvenu? - du visage auquel j'aspirais. A cette confiance en moi, à ce respect de moi-même, de ma part, et de la part des autres, concernant la personne que j'étais véritablement. Tout cela a alors définitivement volé en éclat ; et m'a longtemps poursuivi.

Les dégâts ont été irréparables. Ils ont détruit une part de moi. Celle que l'on voit au premier abord lorsqu'on rencontre et qu'on « juge » quelqu'un lorsqu'on le « voit » pour la première fois. Evidemment, ma vie sentimentale, voire sexuelle, n'a dès lors été que chaos, amertumes, déceptions, blessures, etc. Je n'ai jamais pu me dévoiler aux femmes pour lesquelles j'avais un penchant, parce que cette peur irraisonnée du regard qu'elles auraient sur moi, m’empêchait de faire un pas dans leur direction. Les rares fois où j'ai osé braver « l'interdit » en sortant « de l'ombre », c'était la rengaine habituelle qu'elles me rabâchaient: « Dominique, tu es gentil, tu es sympa. Je t'aime bien, tu es intéressant, cultivé, intelligent. Tu as énormément de qualités. Tu as tout ce qu'il faut pour rendre une femme heureuse. Mais… pas moi. Je préfère que l'on reste ami, rien d'autre. ». Avant d'aller se jeter dans les bras d'un de mes amis, ou d'une rencontre, ailleurs. Ou encore, je me souviens de l'un d'elle qui m'a expliqué les mêmes éléments, en rajoutant: « J'aurai trop honte de marcher avec toi dans la rue, de t'embrasser en public, etc. Excuse moi, mais je n'y arriverai pas ».

Comme vous le savez, pour d'autres raisons dues à mon itinéraire personnel, à mon passage à la Bibliothèque Nationale, à l’Éducation Nationale, à ma vocation et passion d'écrivain, et bien d'autres choses, j'en suis venu à emprunter une voie solitaire. Aujourd'hui, je travaille à mes écrits chez moi. Je lis, j'effectue mes recherches en philosophie, en histoire, en mythologie. Bref, tout ce que vous connaissez de moi au travers de mes articles, de mes textes, de mes poèmes, de mes nouvelles, etc. Mais ce que je viens de décrire me concernant à aussi joué un rôle important dans ce retranchement volontaire.

La « beauté », quant à elle, je l'ai peut-être au fond de mon âme et de mon cœur, de mon esprit et de ma personnalité. Néanmoins, lorsque des femmes ou des jeunes femmes sont amenées à me croiser – aujourd'hui encore -, les événements se déroulent toujours de la même manière. Ici même, sur Facebook, au sein des divers groupes ou forums auxquels je contribue par mes écrits, il y a des femmes vers lesquelles je me sens instinctivement attiré. Je les trouve belles, attirantes, séduisantes, pleines de charme, d'intelligence, de magnificence, de luminosité, etc. Chacune pour des raisons différentes qui ne tiennent qu'à ce qu'elles sont au-delà de leur plastique. Pour beaucoup, si je pouvais, j'aimerais beaucoup les rencontrer, partager des moments de joie, de rire, d'échanges, de dialogue, etc. avec elles. Il y en a une, parmi elles, que je connais parce qu'elle est proche de ma famille. Toutefois, comme c'est le cas pour chacune des autres, je ne me sens pas légitime pour échanger des instants affectueux, tendres, heureux, avec elle. Déjà, parce qu'elle a un homme dans sa vie, et j'en suis content pour elle. Ensuite, parce qu'elle est beaucoup plus jeune que moi, et que je l'ai connue alors qu'elle était encore une enfant. Enfin, parce que je n'ai pas, cette fois comme pour n'importe laquelle d'autre – les qualités esthétiques requises à tout rapprochement affectif.

Je sais qu'il n'y a pas que cela. Beaucoup de gens ici me le répètent assez souvent, et ils ont raison. Je suis conscient de la portée de leurs mots, des raisons justifiées qu'ils invoquent quand ils abordent ce thème dans leurs commentaires. Cependant, ce regard sur moi qui est ancré aux tréfonds de mon âme et de mon inconscient ont des racines s’enfonçant très loin dans mon passé et ma personnalité. Cette peur viscérale du rejet. Cette violence que ces mots « je t'aime bien, mais... » anodins a-priori, mais qui me détruisent à chaque fois. Ce constat lorsque je tends la main en direction d'une personne en particulier, parce qu'elle me plaît, d'être évité, de ne pas être capable de la toucher dans ses émotions, dans son âme, dans son cœur, parce les codes esthétiques auxquels je me référais au début de ce texte, sont plus puissants que le lien qui peut se construire entre moi et elle si elle m'ouvrait un tant soi peu sa porte.

Ces femmes se comptent sur les doigts d'une main. Mais la caractéristique essentielle est que j'ai tenté d'entrer en contact avec elles ailleurs que sur Facebook: par Skype, par téléphone, en leur disant que j'aimerai bien les rencontrer un jour, etc. Bref, des tentatives maladroites, timides, de rapprochement. Sans succès jusqu’à ce jour. Cela me fait mal, cela me blesse, me donne envie de pleurer, de hurler. Mais ce n'est que par mes mots, que par mes textes, par les ressentis que j'y évoque, que je suis apte à communiquer ce que j'ai au fond de moi. Elles ne réalisent souvent pas qu'elles ont de l'importance pour moi. Qu'elles ont de la valeur. Que je serai susceptible de remuer ciel et terre pour leur faire plaisir, pour me tenir à leurs cotés, même amicalement. Que la luminescence que je devine en elles – à mon regard – me réchauffe, me donne de la force, me donne envie d'avancer, de me battre, d'affronter toutes les épreuves de la terre. Que je serai heureux de les contempler dans les yeux, juste de savoir qu'elles existent, qu'elles sont là, et que j'ai le droit, le privilège, l'honneur, de me tenir à leur cotés.

Comme je l'ai dit aussi au début, la beauté est une notion relative. Pour ma part, je n'ai pas de critère défini en ce qui concerne la définition de la « beauté ». C'est mon ressenti, qui dicte ce que j'éprouve. Ce n'est pas parce qu'elle est bonde, petite, grande, grosse, mince, etc. que je préférerai celle-ci plutôt que celle-là. Il y a des femmes considérées comme très belles que je trouve quelconques, et vice-versa. Ce n'est pas une question de handicap, d'origine sociale, ethnique, culturelle, religieuse. Je regarde avant tout ce que j'éprouve pour elles lorsque je les croise, lorsque je dialogue avec elles – lorsque c'est sur Internet. Tout en sachant que, de toute façon, cela n'ira jamais plus loin ; alors qu'en moi, tout me hurle que je souhaiterai que ce soit le cas. Pour terminer, je décrirai un exemple à méditer. Vous me direz éventuellement ce que vous en pensez:

Lorsque j'habitais Laval, entre 1996 et 1999, il y a eu une période où j'ai effectué un stage de remise à niveau dans mes compétences professionnelles. Comme je n'avais pas de voiture, c'était un collègue de stage qui m'accompagnait à l'aller, et qui me reconduisait chez moi le soir. Or, au sein de cet organisme de stage, se trouvait une jeune femme d'environ vingt-cinq ans qui m'éblouissait par sa « beauté », son « charme », cette étincelle qui émanait d'elle, selon moi, et qui la rendait différente des autres. Elle m'éblouissait. Elle vivait en concubinage avec quelqu'un, et avait un enfant. Mais je n'arrivais pas à me défaire de sa « présence ». Je n'avais pas, non plus, l'intention de détruire ce couple. Plutôt mourir que d'envisager cette option. Mais, comme pour mon premier amour au lycée – j'ai déjà évoqué cette histoire à deux ou trois reprises -, je n'en dormais plus, je n'en mangeais plus ; je ne parvenais plus à me concentrer sur mes exercices de stage.

Beaucoup de gens, autour de moi, se sont rendu compte que je n'allais pas bien, que je souffrais. L'un d'eux s'est arrangé pour qu'un jouer, ce soit cette jeune femme qui m'accompagne sur mon lieu de stage, et qui me raccompagne chez moi le soir. J'étais content, évidemment. D'autant que, progressivement, à plusieurs occasions, nous nous sommes croisés en ville, à Laval. Un jour, même, elle est venu jusqu’à chez moi avec son bébé en poussette. Une amitié était en train de naître, et c'est tout ce que je demandais, rien de plus. Je préférais largement renoncer à d'autres sentiments, à d'autres attirances, plus fortes, plutôt que de tout gâcher. C'est d'ailleurs une attitude à laquelle je me suis soumis à plusieurs occasions. Notamment à la Bibliothèque Nationale, lorsque j'ai été amené à faire la connaissance d'une jeune femme sur laquelle j'avais « flashé ». M'apercevant qu'elle était déjà en couple, j'ai refoulé les sentiments amoureux qui sommeillaient en moi, pour le métamorphoser en amitié profonde, sincère, véritable.

Bref, malheureusement, un jour, je ne sais pas comment, cette jeune femme du stage a appris que quelqu'un l'avait « manipulé » afin que ce soit elle qui me conduise sur ce lieu de stage. Evidemment, et je la comprend, elle n'a plus jamais voulu me revoir. Alors que ce que je désirais, c'était juste être son ami, juste être à ses cotés de temps en temps, amicalement. Du temps de l'époque de la Bibliothèque Nationale, je me suis toujours tenu à cette règle: c'est la jeune femme vers laquelle mes sentiments se tourne, qui est celle qui choisit quel genre de relation elle souhaite avec moi. Nous sommes donc restés amis une bonne quinzaine d'années, jusqu’à ce que, forcé de déménager, nos chemins se séparent. Et j'ai renouvelé ce genre de relations à chaque fois que l'occasion m'en a été donné. A plusieurs reprises. A chaque fois, ces jeunes femmes sont devenu de grandes amies qui ont énormément compté pour moi ; comme il y en a, ici, qui comptent énormément pour moi, et avec lesquelles je révérai que mes liens dépassent le cadre d'Internet. Et j'ai préféré enterré mon « amour » pour qu'elles soient heureuses, et pour ne pas détruire le peu de bonheur qu'elles m'offraient.

Puisque je sais que le reste, pour les raisons que je vous ai expliqué ici et dans d'autres textes précédents, je n'y ai pas droit. Certains, certaines, peut-être, sont convaincus que je me trompe. Que tout le monde a le droit d'être épanoui, heureux, avec une femme qu'il aime. Pour les autres, oui. Pas pour moi. Puisque les femmes que je considère comme « belles », je suis incapable de leur montrer ce que cache mon physique disgracieux. Et que parce que j'ai un physique disgracieux, même si le reste leur plaît, la société dans laquelle nous cheminons les contraint à se plier à des règles, à des normes, à des us, qui m'en a banni il y a longtemps...

dominique29600 · https://www.facebook.com/pages/Valognes/105586969475355Qu'est-ce-que la « Beauté »pour moi:

J'écris ce texte parce que depuis longtemps – et plus davantage depuis hier -, des personnes se posent des questions vis-à-vis de mon rapport à la beauté. C'est un thème récurrent dans mes poèmes, ou équivalent. Mais également dans ce que j'écris en lien avec mon parcours personnel, avec mon regard sur les autres – les femmes notamment -, ou avec des souffrances et des blessures concernant mon enfance, mon adolescence, ainsi que les premières années de ma vie d'adulte.

J'avoue que c'est un sujet particulièrement délicat et douloureux. Il est lié à mes plus lointains souvenirs, à des périodes très traumatiques de mon existence dont j'ai déjà relaté quelques épisodes marquants au sein de textes plus ou moins récents. Il fait également référence au regard que beaucoup de gens ont porté sur moi tout le long de mon itinéraire ; et ce jusqu'à il n'y a pas si longtemps que cela. Il est encore rattaché à mon handicap, à la tâche de vin ancrée sur une fraction de mon visage depuis le jour de ma naissance. C'est encore une question qui est enchainée à la confiance en soi, à la façon dont on se voit, et à la manière dont sa personnalité s'est construite.

Il y a tant de facteurs qui entrent en ligne de compte. Et croyez-moi ou non: c'est un thème sur lequel j'ai eu l'occasion d'énormément réfléchir tout lez long de mon parcours personnel.

Déjà, il y u point sur lequel je désirerai insister: la notion de « beauté » est une notion relative. Que nous soyons homme ou femme, quelle que soit notre couleur de peau, notre origine sociale, culturelle, religieuse – ou pas -, ethnique, que nous soyons handicapé, différent de quelque façon que ce soit, nos critères de « beauté » sont différents. Cela dépend de beaucoup de choses. D'autant que le mot « beauté » regroupe énormément de particularités.

Bien-sûr, il y a la beauté physique. C'est celle sur laquelle s'attarde le plus des individus – hommes ou femmes – dans une société où l'apparence est un critère essentiel dans le rapport que les uns ont avec les autres. N'avez-vous pas remarqué que les hommes seront plus prévenants, plus gentils, plus attentifs, etc., avec une jeune femme qu'ils définiront comme « belle », plutôt qu'envers une femme qui a des rondeurs, qui n'est pas apprêtée, maquillée, ou au physique « avenant ». Ceci dit, c'est vrai pour les hommes. Mais ça l'est également pour les femmes, qui préféreront inconsciemment – qu'elles le veulent ou non, qu'elles acceptent de le constater ou non – choisir comme cavalier à une soirée, par exemple, un homme qu'elles considèrent comme « beau », plutôt que le timide, avec de l'embonpoint, et mal fagoté qui est assis juste à coté.

La mode et ses critères, dans une civilisation de l'image, est en partie responsable de cette façon de fonctionner de la part de chacun d'entre nous. Depuis des décennies, ces modèles nous sont renvoyés à longueur de journée sur nos téléviseurs, sur internet, sur les panneaux publicitaires dans la rue. Partout où nos yeux se portent, les femmes que nous y admirons sont soumis à des standards de beauté qui, s'ils sont actuellement considérés comme attirants, envahissent notre quotidien. Même lorsque nous ne voulons pas nous y arrêter. Forcément donc, ils pénètrent continuellement notre esprit, ils se glissent au plus profond de notre psychisme, de notre inconscient. Et sans que nous le désirions vraiment, ils se transforment en référence de base à ce que nous définissons comme « un homme beau » ou « une femme belle ».

Dans un monde où il est devenu habituel de mettre chaque personne dans une petite case, afin qu'elle corresponde à une « norme » standard, il est naturel que la « beauté » contribue à cette état.

Or, moi qui suis historien, et qui ait étudié nombre de périodes passées, je sais que les normes auxquelles nous nous référons aujourd'hui dans ce domaine, n'ont pas toujours été celles-ci. Actuellement, les top-models que l'on voit défiler sur les podiums, et qui servent d'élément déterminant dans le regard que nous avons sur ce qu'est une « belle femme » glisse subrepticement vers l’androgynie. Comme la plupart des vêtements que nous portons, et qui sont vendus dans les magasins d'habillement, sont destinés aussi bien aux hommes qu'aux femmes, les grands couturiers – et donc les mannequins – se basent sur ce qui est un des points essentiels de la civilisation actuelle.

Vous le savez autant que moi – et c'est une bonne chose -, depuis les années soixante et le désir d'égalité entre l'homme et la femme dans tous les secteurs de l'existence – métier, enfants, sports, loisirs, sexualité, etc -, la femme revendique son droit à la liberté. Soumise depuis que le monde est monde au diktat du « mâle » soi-disant supérieur, et du pouvoir qu'il s'est arrogé, aujourd'hui, elle exige qu'elle soit considérée au même niveau de compétences que lui. Et c'est une bonne chose, même s'il y a encore un long chemin à parcourir pour qu'elle y parvienne totalement. Regardez le nombre de femmes, parmi nos politiques, parmi nos dirigeants économiques, etc. comparés aux hommes ; elles sont encore minoritaires. Dans le domaine religieux, la discrimination existe toujours. Sauf chez les Protestants et assimilés, il n'y a pas de clerc ou d’imam femme. Au Proche et au Moyen-Orient, le combat est encore très loin d’être gagné contre ceux qui estiment que la femme est inférieure à l'homme – la burqa, le niqab, le voile, et dernièrement, le « burkini » - défrayent régulièrement l'actualité. Malheureusement, les mentalités ont encore beaucoup de mal à évoluer ; et avec une lenteur incroyable, en proie à des réticences, des automatismes, des réflexes d'un autre age.

Et même chez nous, il n'y a pas si longtemps, ces archaïsmes étaient présents. Notre vision de la beauté était aussi tout autre. Ainsi, au XIXe siècle, l'un des critères principaux de beauté chez une femme était ses rondeurs. Aujourd'hui, cette même femme serait considérée comme corpulente, et donc sans attraits. Pire encore, on la moquerait, on la repousserait. Il y a un siècle, les hommes l'auraient vu comme possédant une plastique avantageuse.

En tout cas, pour ma part, pour revenir aux mannequins qui défilent sur nos podiums de nos jours, si leurs visages sont « beaux », leur minceur – leur maigreur, plutôt – n'a, à mes yeux, rien d'attrayant. On leur voit souvent les os. Leurs jambes et leurs bras sont squelettiques. Elles n'ont ni fesses ni seins. On dirait qu'elles n'ont pas mangé depuis des jours, voire des semaines. Quand j'y songe, elles me rappellent parfois les cadavres ambulants que les Alliés ont sorti des « camps de la mort » nazis à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. J'avoue, par ailleurs que c'est une dérive qui m'inquiète un peu, lorsque je constate que nombre de jeunes filles – adolescentes le plus souvent – qui tentent leur de ressembler, avec les risques d'anorexie et de boulimie qui s'ensuivent inévitablement.

Quel rapport avec la beauté, plus généralement? C'est que nous sommes en permanence sollicités par ces images de femmes telles que celles-ci. Toutes celles qui ne rentrent pas dans ces cases sont considérées, au mieux comme quelconque, au pire comme laides. C'est horrible à dire. C'est humiliant, c'est dégradant, c'est traumatisants, pour celles qui en sont victimes. Et je suis, o combien conscient des dégâts irréparables sur la façon de se percevoir, sur l'estime de soi, sur le respect que l'on se porte, lorsqu'on est confronté des années durant à la façon dont les « autres » nous regardent ; en fonction de l'apparence qui est la notre. C'est d'autant plus blessant, cruel, que des maximes usuelles sont souvent employées pour justifier ce comportement: « ce que tu montre à l'extérieur, montre également ce que tu es à l'intérieur », « ce que tu porte sur ton visage est le reflet de ton âme » ou « de ton cœur », etc. Il est évident qu'avec de tels préjugés au départ, même avant que vous n'ayez ouvert la bouche pour vous présenter, avant de serrer la main à votre futur interlocuteur ou interlocutrice », vous êtes immédiatement catalogué. Comment se battre contre de tels opinions « a-priori »? Des présomptions sur lesquelles vous n'avez aucune prise, que vous êtes incapables de repousser ou d'effacer, tandis que le regard instinctif se pose sur vous à votre première rencontre?

Si j'insiste particulièrement sur cet aspect des choses, c'est parce que j'en ai moi-même été victime très souvent tout le long de mon existence. Pour ceux et celles qui me suivent depuis des mois – des années parfois -, vous le savez, je suis né avec une tache de naissance se dessinant sur la partie supérieure gauche de mon visage. Je suis également doté d'une hémiplégie partielle de ma jambe et de mon bras droit ; consécutif à des crises de convulsions à l'age de six mois. Par la suite, il m'a fallu une vingtaine d'années d'efforts continuels, de rééducation chez un kinésithérapeute plusieurs fois par semaine, afin de retrouver une mobilité partielle de mes membres droit. Il m'a fallu maints séjours à l’hôpital durant mon enfance, me gênant le long de plusieurs années de scolarité, pour stabiliser les crises de convulsions dont j'ai été l'objet à cette époque. Mais, surtout, et c'est cela qui a été le plus éprouvant, c'est que, durant toute cette mème période, j'ai été la proie incessante de mes camarades de classe. Leurs moqueries, leurs rejets, leurs regards, leurs grimaces, continuelles. Comme je l'ai déjà évoqué, les garçons qui ne me serraient jamais la main. Ou, s'ils y étaient contrains, qui se l'essuyaient aussitôt, de peur de se salir à mon contact. Les filles, qui ne me faisaient jamais la bise pour me dire bonjour également, qui évitaient de me croiser, qui chuchotaient à mon passage.

Je n'ai eu que très peu d'amis au cours de mon enfance, pour ces raisons. Je me suis réfugié progressivement dans mon monde: ma chambre. Entouré des mes jeux de construction lorsque j'étais enfant. Dans mes livres, dans l'écriture, à partir de l'adolescence et de l'age adulte. Peu à peu aussi, à force de ce genre de comportement de la part des jeunes de mon age, j'en suis venu à craindre leur regard ; à avoir peur de leur contact. Une peur viscérale, parce que je sentirai le poids de leur jugement vis-à-vis de mon apparence sur les épaules. Quoique je fasse, quoique je dise, j'étais mésestimé, humilié, repoussé, moqué. Mon père, comme je l'ai également évoqué ailleurs, souvent, m'a pris pour un moins que rie, ; quelqu'un qui n'arriverai jamais à se positionner dans la société. J'en suis, à l'adolescence, venu à me haïr, à vouloir plusieurs fois mettre fin à mes jours. Je ne me supportais plus physiquement. Car, plus je grandissais, plus le regard des jeunes hommes et des jeunes femmes à mon égard, se durcissait, se faisait sans pitié ; plein de méchanceté gratuite. Alors que je changeais, et que je prenais conscience des désirs et des sentiments naissants à l'égard des femmes, ce que j'éprouvais était immédiatement foulé aux pieds, moqué, rejeté. Dès que je croisais une jeune femme qui me « plaisait », la terreur m'envahissait. Elle était incontrôlable, source d'angoisse et de souffrance. L'attirance que je ressentais était une véritable torture, une lente descente aux enfers.

Ce qui aurait été, pour n'importe quel jeune homme, ou n'importe quelle jeune femme, de mon age, un passage à l'état d'adulte, n'a été, pour moi, que cauchemars, violences psychologiques continuelles. Ce qui aurait dû être un rite initiatique permettant de découvrir qui on est, son rapport aux autres, ce que l'on peut leur apporter, ce qu'ils peuvent nous apporter, à été emprunt de dégoût et de haine de moi-même pour ce que je n'étais pas capable de vivre. Ce qui aurait pu être un moyen de montrer ses qualités et ses défauts, ses forces et ses faiblesses, ses ambitions, etc. a été une longue route solitaire. Une route où j'ai en permanence regardé les autres – mes rares amis – profiter pleinement de ce que l'existence leur offrait, et qui m'étais refusé.

Lorsque j'ai eu l'age de dix-huit ans, je suis allé voir un chirurgien esthétique pour me faire enlever ma tâche de naissance. J'ai déjà évoqué cet épisode dans un autre de mes textes personnels. Ce chirurgien m'a assuré qu'il serait apte à m’ôter plus de 90 % de celle-ci. Et pour me prouver ses dires, il m'a recouvert ma tâche d'une sorte de maquillage spécial pour ce genre d'opération. Il souhaitait me montrer quel visage serait le mien lorsqu'il aurait terminé ses interventions. Pour la première – et unique – fois de mon existence, j'ai contempler les deux cotés de mon, visage identiques. Comme n'importe qui. Le lendemain, enduit de ce maquillage, je me suis rendu en cours. C'était ma dernière année de scolarité. Tout d'abord, mes camarades de classe n'ont rien remarqué. Puis, tout à coup, une des jeunes femmes présentes m'a porté davantage attention. Elle a eu un hoquet de surpris. Tout le monde s'est figé dans ma direction. Comme s'ils me voyaient pour la première fois de leur vie.

Les jeunes femmes de mon age ont fait remarquer qu'elles me trouvaient « assez séduisant ». Pour l'anecdote, quelques jours plus tard, je suis allé passé un samedi après-midi chez un copain. Je l'ai attendu devant la gare quelques minutes, le temps qu'il me rejoigne. C'est la première fois de mon existence où une jeune femme que je ne connaissais pas, et qui patientait aussi à quelques pas de là, m'a abordé, et m'a « dragué ». A la fin, elle souhaitait que nous allions boire un café dans un bar à proximité. Mais mon copain est arrivé en même temps.

Si ce que j'évoque là m'a profondément marqué jusqu’à aujourd'hui, c'est que peu de temps après, je me suis fait opéré par ce docteur. Mais les événements ne se sont pas déroulés comme prévu. Il m'avait laissé entendre qu'une seule intervention suffirait pour que mon visage soit « réparé ». En fait, il y en eu une bonne demi-douzaine, étalées sur plusieurs années. De la transplantation de peau, diverses techniques au laser, j'en passe. Physiquement, j'ai beaucoup souffert. Mentalement aussi, parce que le résultat n'a pas été conforme à ce qu'il m'en avait expliqué. Au contraire, j'étais couturé de cicatrices, du fait des transplantations de peau. Mon visage était asymétrique à gauche, ma paupière gauche légèrement tombante. Evidemment, avec le temps, les cicatrices se sont estompées – mais pas entièrement. Ma paupière tombante l'est toujours un peu. Mais j'ai dû faire mon deuil – si j'y suis parvenu? - du visage auquel j'aspirais. A cette confiance en moi, à ce respect de moi-même, de ma part, et de la part des autres, concernant la personne que j'étais véritablement. Tout cela a alors définitivement volé en éclat ; et m'a longtemps poursuivi.

Les dégâts ont été irréparables. Ils ont détruit une part de moi. Celle que l'on voit au premier abord lorsqu'on rencontre et qu'on « juge » quelqu'un lorsqu'on le « voit » pour la première fois. Evidemment, ma vie sentimentale, voire sexuelle, n'a dès lors été que chaos, amertumes, déceptions, blessures, etc. Je n'ai jamais pu me dévoiler aux femmes pour lesquelles j'avais un penchant, parce que cette peur irraisonnée du regard qu'elles auraient sur moi, m’empêchait de faire un pas dans leur direction. Les rares fois où j'ai osé braver « l'interdit » en sortant « de l'ombre », c'était la rengaine habituelle qu'elles me rabâchaient: « Dominique, tu es gentil, tu es sympa. Je t'aime bien, tu es intéressant, cultivé, intelligent. Tu as énormément de qualités. Tu as tout ce qu'il faut pour rendre une femme heureuse. Mais… pas moi. Je préfère que l'on reste ami, rien d'autre. ». Avant d'aller se jeter dans les bras d'un de mes amis, ou d'une rencontre, ailleurs. Ou encore, je me souviens de l'un d'elle qui m'a expliqué les mêmes éléments, en rajoutant: « J'aurai trop honte de marcher avec toi dans la rue, de t'embrasser en public, etc. Excuse moi, mais je n'y arriverai pas ».

Comme vous le savez, pour d'autres raisons dues à mon itinéraire personnel, à mon passage à la Bibliothèque Nationale, à l’Éducation Nationale, à ma vocation et passion d'écrivain, et bien d'autres choses, j'en suis venu à emprunter une voie solitaire. Aujourd'hui, je travaille à mes écrits chez moi. Je lis, j'effectue mes recherches en philosophie, en histoire, en mythologie. Bref, tout ce que vous connaissez de moi au travers de mes articles, de mes textes, de mes poèmes, de mes nouvelles, etc. Mais ce que je viens de décrire me concernant à aussi joué un rôle important dans ce retranchement volontaire.

La « beauté », quant à elle, je l'ai peut-être au fond de mon âme et de mon cœur, de mon esprit et de ma personnalité. Néanmoins, lorsque des femmes ou des jeunes femmes sont amenées à me croiser – aujourd'hui encore -, les événements se déroulent toujours de la même manière. Ici même, sur Facebook, au sein des divers groupes ou forums auxquels je contribue par mes écrits, il y a des femmes vers lesquelles je me sens instinctivement attiré. Je les trouve belles, attirantes, séduisantes, pleines de charme, d'intelligence, de magnificence, de luminosité, etc. Chacune pour des raisons différentes qui ne tiennent qu'à ce qu'elles sont au-delà de leur plastique. Pour beaucoup, si je pouvais, j'aimerais beaucoup les rencontrer, partager des moments de joie, de rire, d'échanges, de dialogue, etc. avec elles. Il y en a une, parmi elles, que je connais parce qu'elle est proche de ma famille. Toutefois, comme c'est le cas pour chacune des autres, je ne me sens pas légitime pour échanger des instants affectueux, tendres, heureux, avec elle. Déjà, parce qu'elle a un homme dans sa vie, et j'en suis content pour elle. Ensuite, parce qu'elle est beaucoup plus jeune que moi, et que je l'ai connue alors qu'elle était encore une enfant. Enfin, parce que je n'ai pas, cette fois comme pour n'importe laquelle d'autre – les qualités esthétiques requises à tout rapprochement affectif.

Je sais qu'il n'y a pas que cela. Beaucoup de gens ici me le répètent assez souvent, et ils ont raison. Je suis conscient de la portée de leurs mots, des raisons justifiées qu'ils invoquent quand ils abordent ce thème dans leurs commentaires. Cependant, ce regard sur moi qui est ancré aux tréfonds de mon âme et de mon inconscient ont des racines s’enfonçant très loin dans mon passé et ma personnalité. Cette peur viscérale du rejet. Cette violence que ces mots « je t'aime bien, mais... » anodins a-priori, mais qui me détruisent à chaque fois. Ce constat lorsque je tends la main en direction d'une personne en particulier, parce qu'elle me plaît, d'être évité, de ne pas être capable de la toucher dans ses émotions, dans son âme, dans son cœur, parce les codes esthétiques auxquels je me référais au début de ce texte, sont plus puissants que le lien qui peut se construire entre moi et elle si elle m'ouvrait un tant soi peu sa porte.

Ces femmes se comptent sur les doigts d'une main. Mais la caractéristique essentielle est que j'ai tenté d'entrer en contact avec elles ailleurs que sur Facebook: par Skype, par téléphone, en leur disant que j'aimerai bien les rencontrer un jour, etc. Bref, des tentatives maladroites, timides, de rapprochement. Sans succès jusqu’à ce jour. Cela me fait mal, cela me blesse, me donne envie de pleurer, de hurler. Mais ce n'est que par mes mots, que par mes textes, par les ressentis que j'y évoque, que je suis apte à communiquer ce que j'ai au fond de moi. Elles ne réalisent souvent pas qu'elles ont de l'importance pour moi. Qu'elles ont de la valeur. Que je serai susceptible de remuer ciel et terre pour leur faire plaisir, pour me tenir à leurs cotés, même amicalement. Que la luminescence que je devine en elles – à mon regard – me réchauffe, me donne de la force, me donne envie d'avancer, de me battre, d'affronter toutes les épreuves de la terre. Que je serai heureux de les contempler dans les yeux, juste de savoir qu'elles existent, qu'elles sont là, et que j'ai le droit, le privilège, l'honneur, de me tenir à leur cotés.

Comme je l'ai dit aussi au début, la beauté est une notion relative. Pour ma part, je n'ai pas de critère défini en ce qui concerne la définition de la « beauté ». C'est mon ressenti, qui dicte ce que j'éprouve. Ce n'est pas parce qu'elle est bonde, petite, grande, grosse, mince, etc. que je préférerai celle-ci plutôt que celle-là. Il y a des femmes considérées comme très belles que je trouve quelconques, et vice-versa. Ce n'est pas une question de handicap, d'origine sociale, ethnique, culturelle, religieuse. Je regarde avant tout ce que j'éprouve pour elles lorsque je les croise, lorsque je dialogue avec elles – lorsque c'est sur Internet. Tout en sachant que, de toute façon, cela n'ira jamais plus loin ; alors qu'en moi, tout me hurle que je souhaiterai que ce soit le cas. Pour terminer, je décrirai un exemple à méditer. Vous me direz éventuellement ce que vous en pensez:

Lorsque j'habitais Laval, entre 1996 et 1999, il y a eu une période où j'ai effectué un stage de remise à niveau dans mes compétences professionnelles. Comme je n'avais pas de voiture, c'était un collègue de stage qui m'accompagnait à l'aller, et qui me reconduisait chez moi le soir. Or, au sein de cet organisme de stage, se trouvait une jeune femme d'environ vingt-cinq ans qui m'éblouissait par sa « beauté », son « charme », cette étincelle qui émanait d'elle, selon moi, et qui la rendait différente des autres. Elle m'éblouissait. Elle vivait en concubinage avec quelqu'un, et avait un enfant. Mais je n'arrivais pas à me défaire de sa « présence ». Je n'avais pas, non plus, l'intention de détruire ce couple. Plutôt mourir que d'envisager cette option. Mais, comme pour mon premier amour au lycée – j'ai déjà évoqué cette histoire à deux ou trois reprises -, je n'en dormais plus, je n'en mangeais plus ; je ne parvenais plus à me concentrer sur mes exercices de stage.

Beaucoup de gens, autour de moi, se sont rendu compte que je n'allais pas bien, que je souffrais. L'un d'eux s'est arrangé pour qu'un jouer, ce soit cette jeune femme qui m'accompagne sur mon lieu de stage, et qui me raccompagne chez moi le soir. J'étais content, évidemment. D'autant que, progressivement, à plusieurs occasions, nous nous sommes croisés en ville, à Laval. Un jour, même, elle est venu jusqu’à chez moi avec son bébé en poussette. Une amitié était en train de naître, et c'est tout ce que je demandais, rien de plus. Je préférais largement renoncer à d'autres sentiments, à d'autres attirances, plus fortes, plutôt que de tout gâcher. C'est d'ailleurs une attitude à laquelle je me suis soumis à plusieurs occasions. Notamment à la Bibliothèque Nationale, lorsque j'ai été amené à faire la connaissance d'une jeune femme sur laquelle j'avais « flashé ». M'apercevant qu'elle était déjà en couple, j'ai refoulé les sentiments amoureux qui sommeillaient en moi, pour le métamorphoser en amitié profonde, sincère, véritable.

Bref, malheureusement, un jour, je ne sais pas comment, cette jeune femme du stage a appris que quelqu'un l'avait « manipulé » afin que ce soit elle qui me conduise sur ce lieu de stage. Evidemment, et je la comprend, elle n'a plus jamais voulu me revoir. Alors que ce que je désirais, c'était juste être son ami, juste être à ses cotés de temps en temps, amicalement. Du temps de l'époque de la Bibliothèque Nationale, je me suis toujours tenu à cette règle: c'est la jeune femme vers laquelle mes sentiments se tourne, qui est celle qui choisit quel genre de relation elle souhaite avec moi. Nous sommes donc restés amis une bonne quinzaine d'années, jusqu’à ce que, forcé de déménager, nos chemins se séparent. Et j'ai renouvelé ce genre de relations à chaque fois que l'occasion m'en a été donné. A plusieurs reprises. A chaque fois, ces jeunes femmes sont devenu de grandes amies qui ont énormément compté pour moi ; comme il y en a, ici, qui comptent énormément pour moi, et avec lesquelles je révérai que mes liens dépassent le cadre d'Internet. Et j'ai préféré enterré mon « amour » pour qu'elles soient heureuses, et pour ne pas détruire le peu de bonheur qu'elles m'offraient.

Puisque je sais que le reste, pour les raisons que je vous ai expliqué ici et dans d'autres textes précédents, je n'y ai pas droit. Certains, certaines, peut-être, sont convaincus que je me trompe. Que tout le monde a le droit d'être épanoui, heureux, avec une femme qu'il aime. Pour les autres, oui. Pas pour moi. Puisque les femmes que je considère comme « belles », je suis incapable de leur montrer ce que cache mon physique disgracieux. Et que parce que j'ai un physique disgracieux, même si le reste leur plaît, la société dans laquelle nous cheminons les contraint à se plier à des règles, à des normes, à des us, qui m'en a banni il y a longtemps...

La beauté est en vous Enfant!

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