Une autre facette de qui je suis: J'ai vécu beaucoup de choses...

Une autre facette de qui je suis:

J'ai vécu beaucoup de choses à l'époque où je travaillais en tant qu'aide-bibliothécaire à la Bibliothèque de l'Arsenal. La Bibliothèque de l'Arsenal étant l'une des nombreuses annexes de la Bibliothèque Nationale dont le principal bâtiment était, alors, installé rue de Richelieu. Et non, à ce moment-là, à la Bibliothèque François Mitterrand. A Paris, bien évidemment.

J'ai déjà relaté dans des textes plus ou moins récents, mes recherches en parallèle, après ou durant mes heures en tant qu'employé. Celles qui m'ont permis de dévoré des centaines d'ouvrages sur l'Histoire, la Religion, la Philosophie, les Sciences, j'en passe.

J'ai aussi relaté mes week-ends chargés en tant que joueur ou « maître du jeu », lorsque je m'adonnais à cette activité connaissant son Age d'Or qu'étaient les Jeux de Rôles. Sur table, pas en jeux vidéos. J'organisais une partie tous les vendredis soirs à mon domicile, de 19h environs, jusqu'aux alentours de cinq heures du matin et le démarrage du premier métro permettant à ses participants de rentrer chez eux. Je les présidais, parce que c'est moi qui élaborais les scénarios auxquels ces cinq à six joueurs – parfois davantage – allaient être confrontés. J'étais déjà très imaginatif, et je construisais toujours des histoires, des péripéties, des intrigues, sortant de l'ordinaire ; très riches et très développés. Il faut avouer que mes innombrables lectures de cette époque – cela est toujours le cas aujourd'hui -, alimentaient en permanence mon esprit. Elles m'inspiraient, consciemment ou inconsciemment. Comme une éponge qui se nourrissait de tout ce qu'elle voyait – films, actualités, documentaires, émissions TV, etc. -, de tout ce qu'elle lisait – livres historiques, romans, essais philosophiques, traités scientifiques, etc. -, je m'en imprégnais. Et je créais un univers qui n'appartenait qu'à moi, que ce soit dans le domaine du thriller, du fantastique, de l'horreur, de la fantasy, ou de la science-fiction. Aujourd'hui encore, ce que j'ai emmagasiné dans ma tète lors de cette période, et que je continue de faire fructifier quotidiennement en persévérant dans ce genre d'exercice, est à la base des romans, des nouvelles, des poèmes, que je créé et que je partage ici et ailleurs.

Mais, d'autres événements ont eu lieu durant les trois années où j'ai été employé dans cette annexe de la Bibliothèque Nationale. Voici un épisode que je n'ai jamais véritablement révélé par écrit ; mais qui, pourtant, est très révélateur de ce dont je rêve, aussi, en étant amené à croiser des personnes auxquelles j'offre mon amitié sur un réseau social tel que celui-ci:

A cette époque-là, donc, comme cela a longtemps été le cas avant et après, pour les raisons que vous connaissez, j'étais un jeune homme qui n'avait que peu confiance en moi. J'étais même désespéré, sentimentalement, puisque je nomme celle-ci « mes Années Noires » en partie pour cette raison. Tous mes amis, de jeux de rôles notamment, étaient plus ou moins en couples. Rares étaient ceux qui n'avaient pas de petite amie. Et ils n'hésitaient pas à s'en vanter durant nos soirées. Je sais qu'ils ne pensaient pas à mal. Nous étions des jeunes hommes ayant entre vingt et trente à peu près. C'est l'age où, normalement, chacun est confronté à toutes sortes d'expériences féminines ; qu'elles se situent dans une courte ou une longue durée. Ils en blaguaient devant moi ; ils se racontaient leurs aventures, leurs rencontres, etc.

Chaque fois que cela se produisait, c'est comme si chacun de mes compagnons de jeu – que j'appréciais, car cela n’ôtait en rien à l'amitié et à l'affection que j'avais pour eux – me lacérait l'âme, le cœur, et le corps, d'une lame de rasoir effilée. Beaucoup ne s'en sont jamais rendu compte, mais une fois qu'ils me quittaient, ou une fois que je rentrais chez moi lorsque nos réunions se déroulaient ailleurs que chez moi, j'étais souvent secoué de crises de larmes. Leurs « exploits » me touchaient profondément ; ils me blessaient, m'humiliaient, me désespéraient. A de nombreuses reprises, j'ai été la proie de dépressions, de crises de larmes, de désir de mettre fin à mes jours, de tortures mentales au cours desquelles je me scarifiais les bras afin de tenter d'atténuer les souffrances psychiques dont j'étais le sujet.

Deux ou trois de mes amis d'alors ont été extrêmement rarement les témoins de ce genre de comportement de ma part. Ils ont bien essayé de me venir en aide. D'être à mon écoute, de m'épauler tandis que je m'effondrais devant eux. Néanmoins, ils ne pouvaient pas grand-chose de plus pour me secourir. Pour m'aider, il aurait fallu qu'ils m'apportent leur concours afin de me faire connaître des jeunes femmes de leur entourage, éventuellement. Afin de m'aider à briser ce manque de confiance en moi qui m’empêchait d'accoster, de parler, de me sentir à l'aise, en face des jeunes femmes vers lesquelles je désirais aller. Ils en étaient incapables. Ils ne comprenaient même pas ce que j'attendais d'eux. Et ce constat me faisait glissait davantage encore vers ce gouffre de souffrance qui m'entourait depuis mes années « collège », puis « lycée » que j'ai décrit dans mon article sur « Moi, Marion, 13 ans pour toujours ».

Pour me sortir de cette situation qui m'étouffait, qui m'étranglait, qui me blessait au-delà du supportable, j'ai essayé d'utiliser toutes les solutions qui se présentaient à moi. Je me suis inscris dans une agence matrimoniale. Celle-ci ne m'a organisé qu'une rencontre avec une jeune femme. Cette dernière était très belle, un mannequin presque. Nous avons fait le tour du pâté de maison. Il me semble que c'était non loin de la Rue de Rivoli. J'ai essayé d'engager la conversation. Je lui ai proposé d'aller boire un verre dans un café. Mais elle a refusé, prétextant qu'elle était pressé.

Ce n'est que plus tard, en sympathisant avec l'une des employée de cette agence matrimoniale, que j'ai réalisé qu'on s'était moqué de moi. La femme, que j'ai fréquenté ensuite amicalement avec son mari et ses enfants, puis ses amis, durant quelques temps, m'a expliqué qu'en fait, les gérants de cette agence avaient engagé une jeune femme exprès pour que je la rencontre cinq minutes. J'avoue qu'apprendre cela m'a déstabilisé et meurtri. J'avais dépensé beaucoup d'argent pour m'y inscrire. J'ai détaillé ce qui s'était passé mon père qui, à ce moment-là, travaillait au Ministère de l'Intérieur. Il était inspecteur divisionnaire aux Renseignements Généraux. Il a mis en place les premiers réseaux d'infiltration des milieux d'islamistes un peu partout en France. Nous étions alors au tout début de la montée du Djihadisme en France. Et il a organisé les premières filières de renseignements permettant au Ministère de l'Intérieur d'avoir des informations à leur sujet. Il a été mobilisé presque vingt-quatre sur vingt-quatre durant les attentats de 1995 ; je m'en souviens encore.

Bref, mon père est intervenu auprès de cette agence matrimoniale pour que celle-ci me rembourse ce que je leur avait déjà versé comme argent. Je ne sais pas exactement comment il s'y est pris. Tout ce que je sais, c'est qu'après qu'il l'ait fait, j'ai reçu un chèque de ses gérants dans les jours qui ont suivi.

Néanmoins, mon cœur était toujours brisé. Mon âme était toujours déchirée. Régulièrement, au cours de nos séances de jeux de rôles, mes compagnons poursuivaient leurs discussions sur leurs conquêtes féminines plus ou moins éphémères. Quelques-uns d'entre eux, d'ailleurs, étaient de véritables « don juans ». Il suffisait qu'ils se rendent à une soirée, qu'ils aient en discothèque, pour qu'ils rentrent chez eux avec une jeune femme avec lesquelles ils avaient une aventure. Je les enviait, autant que je me maudissais. J'avais beau m'habiller élégamment lorsque je me promenais en ville – toujours en costume-cravatte -, j'avais beau être gentil, sympathique, amical, rien n'y faisait. Les rares fois où j'étais en présence de jeunes femmes – et en plus, de jeunes femmes pour lesquelles j'aurai pu éventuellement, avoir une certaine attirance -, mes compagnons de jeu n'avaient pas autant de scrupules que moi. Moi qui cherchais à ne pas les brusquer, à ne pas leur laisser imaginer que j'étais un « dragueur », mais seulement un homme sincère, doux, sensible, prévenant, à leur écoute, je voyais mes compagnons leur fondre dessus comme sur des proies. Et, bien entendu, elles devenaient aussitôt inaccessibles. Je devenais aussitôt invisibles à leurs yeux, ou juste, éventuellement, en tant que « bon copain » ou « confident ».

En désespoir de cause, j'ai essayé une ultime méthode. Ce n'était pas trop mon « truc ». Mais à cette époque existaient des numéros de téléphone spécialisés dans les rencontres amoureuses, voire coquines. Le coté coquin ne m'emballait pas outre mesure.

De toute manière, comme pour toutes les anecdotes que je viens de relater précédemment, j'étais conscient que mon visage avec ma tache de vin, ainsi que mon handicap, étaient un sérieux frein. Je me battais de toutes mes forces, malgré mes larmes, malgré les multiples rejets de cet ordre dont j'étais l'objet. Toutefois, je savais qu'il était pratiquement impossible, impensable, qu'une jeune femme croisées au cours des virées entre copains, me remarque. Ou si elle me remarquait, c'était parce que j'étais accompagné d'autres jeunes hommes plus avenants physiquement, plus décontractés avec elles, plus sûrs d'eux.

En tout état de cause, je ne risquais pas grand-chose de passer des petites annonces téléphoniques. Je ne mentionnais pas le fait que j'étais différent. A cette époque également, j'en éprouvais une profonde honte. Déjà, parce que mes années scolaires n'étaient pas si éloignées que cela. Et que les blessures qui en avaient résulté étaient encore fraîches ; dures a résorber. Ensuite, parce que ce que me montraient mes camarades de soirées rolistiques me confortaient dans ma pensée qu'aucune jeune femme ne s'intéresserait jamais à moi. Qu'elles ne verraient que la différence dont j'étais affublée, et que celle-ci la ferait fuir à toutes jambes. L'expérience de ces « Années Noires » m'a toujours démontré que je n'avais pas tort. Toute tentative s'est soldée par des échecs retentissants.

J'ai passé des petites annonces téléphoniques durant une brève période. Ces numéros de téléphone étaient surtaxés. La facture téléphonique à la fin de chaque mois a immédiatement grimpée en flèche. Et puis, il y avait tellement d'hommes pour si peu de femmes, qu'à chaque fois que l'une d'elles se manifestait, elle était prise d'assaut. Par ailleurs, lorsque cela arrivait, les hommes qui tentaient de l'amadouer n'étaient pas des plus délicats. Ils se lançaient immédiatement dans des propos assez équivoques, salaces, tendancieux, pour ne pas dire plus. Ils ne prenaient pas de gants, ils étaient très explicites sur leurs intentions.

Un jour, pourtant, l'une d'elles a affronté ce brouhaha de voix et d'échanges libidineux, et a fait de moi son interlocuteur. J'avoue que j'ai été surpris et décontenancé. J'étais tellement habitué à être ignoré, que, les premiers essais passés, j'effectuais cette démarche plus par habitude que par conviction que j'allais réussir. La discussion n'a duré que trois ou quatre minutes. Elle habitait Perpignan, et moi Paris. La distance était dès lors un obstacle pour que nous nous rencontrions dans l'immédiat ; et encore plus pour que nous nous voyions dans le but de savoir si nous pouvions nous plaire ; et enfant, afin que nous tentions de construire une relation amoureuse ensemble. Pour autant, nous nous sommes échangés nos numéros de téléphone et nos adresses en aparté. Nous avons décidé de nous recontacter ultérieurement, mais dans un cadre purement amical. Je lui ai dis que j'attendais qu'elle m'écrive, avant que je lui réponde ; et ainsi débuter une correspondance amicale, basée sr la sincérité, le dialogue, l'échange.

Pour avouer l'entière vérité, je lui ai dit cela sans trop y réfléchir. J'étais persuadé qu'elle oublierait très vite notre discussion téléphonique. Qu'elle retournerait à ses occupations habituelles ; et qu'elle trouverait sous peu un compagnon amoureux. J'ai bientôt effacé de ma mémoire cet épisode, pour me concentrer sur les événements que je vivais alors.

Pourtant, à peu près deux semaines plus tard, j'ai reçu une lettre de sa part. Ce ne pouvait être qu'elle, puisque celle-ci provenait de Perpignan, et qu'outre cet éphémère lien téléphonique, je ne connaissais personne dans cette ville. Curieux, excité, heureux, j'ai ouvert cette missive. Je l'ai lue. En deux ou trois pages, elle s'est présenté à moi. Elle se nommait Caroline. Comme moi, elle avait autour de vingt-cinq ans. Elle travaillait dans une agence immobilière. Elle avait beaucoup d'activités. Elle sortait beaucoup. Avait des ami(e)s. Bref, une vie des plus simples, des plus ordinaires pour la plupart des gens ; mais qui, au vu de mon parcours, était à mille lieues de ce à quoi j'étais habitué. Elle aurait habité la planète Mars ou une planète située à l'autre bout de la galaxie, que son existence n'aurait pas été plus éloignée de la mienne.

Je lui ai répondu. Je lui ai décrit qui j'étais, mes particularités: mon handicap, ma maladie, mon quotidien en tant qu'aide-bibliothécaire à la Bibliothèque de l'Arsenal. Une fois encore, j'étais sûr qu'après avoir appris ma différence, elle ne me répondrais pas ; qu'elle me rejetterais, comme toutes les autres jeunes femmes que j'avais tenté d'approcher par le passé ; que ce soit sentimentalement ou amicalement.

Deuxième surprise: elle m'a à nouveau répondu en m'expliquant que ma différence ne lui posait aucun problème. Elle m'a souligné qu'avant d'entrer dans l'immobilier, elle avait fait des études pour devenir infirmière ; que durant ces stages en hôpital, elle avait côtoyé des personnes blessées, handicapées, etc. Et qu'elle ne les considérait pas comme des rebuts, des inférieurs, des gens qui devaient se cacher du fait de ce qu'ils avaient. Qu'eux aussi, ils avaient le droit d'être aimés, d'avoir des amis, etc. Et qu'elle condamnait avec la dernière énergie les hommes et les femmes qui s'imaginaient être supérieurs parce qu'ils étaient dans les « normes ». Alors que demain, ils pouvaient se retrouver à leur place à la suite d'un accident, d'une maladie, ou d'autre chose.

Sa véhémence sur ce sujet si particulier m'a impressionné et m'a fait chaud au cœur. Véritablement, Caroline sortait de l'ordinaire. Je n'ai croisé la route de peu de personnes, hommes ou femmes, comme Caroline. Que ce soit avant que je ne sois amené à la connaître, comme après. Avant, j'ai bien eu un ou deux copains lorsque j'étais au collège ou au lycée. Au collège, je les ai perdu de vue au moment où mon martyr en tant qu'enfant harcelé scolairement a débuté. L'un n'a rien à voir avec l'autre. Nos chemins se sont séparés à cette époque, parce que le sien a pris une autre direction. Au lycée, il y a eu Jérémie. Il m'a pris sous son aile au cours des années qui m'ont amené de la seconde au terme de ma scolarité. Malgré tout, cette période a aussi été l'une des pires de ma vie. Plus tard encore – et c'est le seul qui reste de cette époque -, il y a eu Olivier. Nous nous téléphonons de temps en temps aujourd'hui encore. C'est avec lui que j'ai participé à mes meilleures parties de jeu de rôles. Nous nous sommes perdus de vue plusieurs années, avant de renouer contact presque par hasard. Depuis, notre amitié est solide, inébranlable. Elle est exclusivement basée sur des échanges téléphoniques puisqu'il habite la région parisienne, et que, moi, je ne peut plus m'y rendre vu ma condition actuelle. C'est l'un de ceux, dès cette période, que je deviendrai écrivain, t qui avait confiance en moi sur ce plan là. Il a assisté à d'innombrables parties de jeux de rôles que je présidais, en tant que participant. Il a décelé en moi ce potentiel en lequel je ne croyais pas encore.

Plus tard, encore, il y a eu Sandrine, dont j'ai fait la connaissance à la Bibliothèque de l'Arsenal. J'étais attiré par elle sentimentalement. Elle a été mon coup de cœur de cette époque. Je me suis torturé émotionnellement et psychiquement avant d'oser l'aborder un jour. J'ai déjà mentionné cet épisode dans d'autres écrits, il me semble. En tout état de cause, ce qui me faisait souffrir, c'est que je ne désirais pas qu'elle me considère comme un de ces « dragueurs » qui profitent de leur lieu de travail pour accumuler les conquêtes. Cette idée, qui me traversait souvent l'esprit, me faisait terriblement souffrir – presque physiquement parfois. C'est pour cette raison également, que je me suis lacéré les bras avec une lame de cutter à ce moment-là. Imaginer qu'elle pense cela de moi était insupportable. Au point que le jour où, enfin, après maintes tergiversations, maints cauchemars éveillés, j'ai osé franchir le pas, j'ai eu l'impression d'être une flaque d'eau en m'exprimant devant elle.

Heureusement, quelques temps auparavant, je m'étais renseigné sur le genre de livres qu'elle consultait lors de ses passages à la Bibliothèque de l'Arsenal. Apparemment, ils étaient consacré à des sujets se rattachant à la fois à l’Ésotérisme et à la Philosophie. En plein dans ce quoi sur je travaillais en tant que chercheur ; du moins partiellement, puisque mon domaine était plus en relation avec les Mythes, les Légendes, les Religions, et les Civilisations primitives, qui sont apparu à l'Aube de nos Civilisations. Mais peu importait.

Elle a été très gentille, très amicale, dès le début. Par la suite, j'ai revu Sandrine régulièrement. A chaque fois qu'elle venait à la Bibliothèque de l'Arsenal pour poursuivre ses recherches, entre midi et treize – à l'heure du déjeuner – ou après la fermeture de l'établissement – à 17h -, nous nous retrouvions. Nous allions dans un café. Nous discutions à bâton rompu de tous les thèmes qui nous étaient chers, et que nous explorions intellectuellement. Avec l'aide de notre raison, de nos connaissance, de notre réflexion, de notre humanité. Nos dialogues duraient des heures. Au point que, finalement, une ou deux fois par mois, nous dînions ensemble pour les continuer.

Très tôt, j'ai appris que Sandrine vivait en concubinage avec un homme depuis plusieurs années. J'ai donc dû me résigner à laisser les sentiments amoureux naissants de coté, à les enfouir au plus profond de moi même. Je les ai transformé en lien amicaux puissants, sincères, véritables, dévoués, et emplis des valeurs auxquels j'attache une extrême importance: la réciprocité, l'envie de découvrir l'autre tel qu'il est réellement, sans s’arrêter aux apparences. Essayer de toucher cette lumière qui brille au fond de l'autre, parce qu'elle nous illumine et nous pousse à nous dépasser nous-même. Tenir ses engagements, enrichir nos échanges, nos dialogues, sans paroles creuses, sans se référer à un quotidien qui, même s'il est nécessaire et utile, n'est pas ce qui donne du sens à la vie. Chercher a en apprendre toujours davantage, sur l'Univers, sur les connaissances multiples et diverses auxquels les millions d'ouvrages de la Bibliothèque Nationale nous donnent accès.

Voilà quelle a été la relation que j'ai eu avec Sandrine, y compris au cours des années ayant suivi mon départ de la Bibliothèque Nationale. Quant à Caroline, même s'il a été d'un autre ordre, le principe en a été le même.

Tout d'abord, nous nous sommes écrit des lettres environ une fois par mois. Cela pourrait ressembler, lorsqu'on y pense, à la correspondance régulière entretenue ici, sur ce réseau social, avec l'ensemble des personnes qui me suivent et me lisent plus ou moins épisodiquement. Puis, ces lettres sont devenues plus fréquentes ; toutes les deux semaines à peu près. Un jour, elle m'a mis son numéro de téléphone sur l'entête de sa lettre. Il m'a fallu quelques jours avant que je n'ose franchir le pas. Et j'ai fini par braver la peur qui m'a étreint. Je lui ai passé un coup de fil. Juste pour lui dire bonjour, sans la déranger, en lui expliquant que je ne l’appellerai qu'aux heures et aux jours qui lui conviendraient. Elle me les a indiqué. D'autres fois, c'est elle qui a préféré me joindre quand elle était libre.

Nos échanges téléphoniques sont devenus mensuels. Comme pour Sandrine, une sorte de rituel s'est mis en place. Comme pour Sandrine, nous nous téléphonions une fois par mois, aux jours et aux heures où elle était disponible pour me consacrer un peu de temps. D'autant qu'entre-temps, elle avait fini par rencontrer un homme avec lequel elle vivait une histoire d'amour. Celle-ci a duré plusieurs années, avant qu'ils ne se quittent. Je me souviens qu'elle en a été dévastée pendant plusieurs semaines. A cette époque, je lui ai téléphoné plus fréquemment, parfois une fois par jour alors qu'elle était au creux de la vague. Car je m'inquiétais pour elle, j'étais malheureux de la voir dans cet état. Progressivement cependant, elle a remonté la pente, puis, elle a fini par croiser la route de son second compagnon.

Néanmoins, le plus souvent, c'est elle qui me soutenait moralement. A force de nos échanges, nous en sommes venu à nous connaître de la même façon que si nous nous rencontrions régulièrement. Nous parlions de tout et de rien, de nos parcours respectifs, de nos passions, de nos rêves, de nos espoirs, de nos ambitions. Je crois que c'est à Caroline que j'ai expédié pour la première fois le manuscrit de mon scénario de jeux de rôles « le Crépuscule des Demi-Dieux ». Celui se déroulant en 1650, sur fond de Guerre Civile française que l'on nomme « La Fronde », de secrets datant des cathares, des templiers, des croisades, de l'époque de la destruction du Temple de Salomon par les Romain. Sur fond d'invasion des Wisigoths du Sud de la France au 5e siècle de notre Ere, de chute de l'Empire Romain, de Delphes, etc.

Elle a trouvé l'intrigue excellente, originale, différente de ce qu'elle avait pu lire dans le même genre jusqu'alors. Elle aussi, comme Olivier pour les partie des jeux de rôles proprement dites, elle m'a poussé à poursuivre dans cette voie.

A un moment, je me souvient que nous pouvions passer jusqu’à quatre heures au téléphone. C'est un peu comme si nous étions l'un à coté de l'autre, à la terrasse d'un restaurant ou d'un bar, à profiter amicalement de l'un et de l'autre. Comme avec Sandrine, c'était une sorte de communion. Une amitié profonde, beaucoup plus en tout cas que ce que j'avais connu jusque-là. Un peu comme avec Olivier, même si c'était dans des domaines différents. En fait, quand j'y songe, chacun était complémentaire des autres. Ils appartenaient à cet univers que je m'étais construit sur le chemin que j'avais commencé à emprunter en tant qu'écrivain. Chacun m'apportait ce qu'il était, en toute simplicité. Sans jugement d'un coté comme d l'autre. Nous étions juste nous, rien de plus, rien de moins. Et si Sandrine, Olivier, Caroline, et plus tard Nathalie – j'en reparlerai ultérieurement, car cet épisode spécifique contient beaucoup d'éléments, lui aussi – avaient des compagnons ou des compagnes, cela n'a jamais interféré dans nos relations. Ils, ou elles, n'ont jamais été jaloux. Le cadre de notre amitié, de nos échanges, de nos liens, était bien établi. Il n'y avait aucune ambiguïté.

A tel point qu'à la même époque, mème si ce n'a été que bref, j'ai croisé une jeune femme avec laquelle j'ai noué une relation amicale forte. Elle habitait avec un homme plus âgé qu'elle ; un homme d'affaires. Un jour qu'il est parti en voyage, elle s'est sentie démunie parce qu'elle n'avait pas l'habitude de dormir seule. Elle m'a demandé si je pouvais dormir avec elle durant ce week-end. J'ai été un peu gêné – c'était la première fois que l'on me suppliait presque de rendre cette sorte de service. Surtout que cette jeune femme était assez séduisante ; à part le fait qu'il lui manquait une main ; remplacée par une prothèse. -. Elle était aussi dotée d'un corps magnifique, sculptural.

Finalement, à force d'insistance, j'ai accepté. C'était un week-end où je ne travaillais pas à la Bibliothèque Nationale. Donc, j'ai pris mon sac, l'ai rempli de vêtements de rechange, de pyjama. Et j'ai dormi avec elle sans qu'il ne se passe rien de ce que l'on pourrait imaginer. Juste deux bons camarades qui ont passé un week-end amical, apaisé, et sympathique, ensemble. Je me rappelle que nous avions loué des films en vidéo-cassette, que nous avons visionné ensemble. Et nous nous sommes promené dans Paris. C'est cette fois-là où j'ai été dans un institut de beauté, et où on a m'a fait un masque de boue.

Par la suite, j'ai dormi avec plusieurs autres jeunes femmes de mes amies – durant la période où j'ai habité Laval, notamment – sans que rien de sexuel ne se déroule.

Bref, pour revenir à Caroline, le plus souvent, c'est elle qui m'a soutenu au cours des périodes les plus noires de ces années. Comme je l'ai dit plus haut, mes compagnons de jeux de rôles se vantaient de leurs conquêtes sentimentales d'un soir, ou plus, devant moi. J'en étais déchiré, blessé, humilié, de ne pas avoir le droit de vivre le même genre d'expérience qu'eux, alors que nous avions le même age. Alors que j'étais en possession des mêmes moyens physiques ou intellectuels qu'eux, à peu de différence près. Evidemment, je possédais une tache de naissance ; j'étais doté d'une hémiplégie partielle du coté droit. Et c'est cela qui faisait que j'étais à part. De fait, Caroline essayait de me soutenir le moral autant qu'elle le pouvait, au cours de nos conversations téléphoniques. Autant, je l'ai réconforté lorsque son premier concubin sérieux l'a quitté, autant elle n'a pas arrêté d'être à mes cotés, par la parole, et malgré la distance, quand je n'allais pas bien. Ainsi, en 1998, lorsque mon petit frère Aymeric est mort, c'est vers elle que je me suis immédiatement tourné. Et elle a tout de suite répondu présent.

Ce samedi après-midi là, lorsque j'ai appris cette terrible nouvelle, en attendant mon père qui venait me chercher à Laval pour me ramener au domicile familial, elle a mis entre parenthèses le travail qu'elle effectuait pour me consacrer un peu de temps. Cinquante kilomètres séparaient la maison de mes parents, de mon appartement de Laval. Elle m'a parlé, sonné que j'étais, effondré comme jamais – et ce n'était rien, comparé à ce que je vivrai les jours suivants, jusqu’à la mise en terre de mon petit frère -, jusqu’à ce que mon père arrive. Je n'oublierai jamais nos longues conversations, notre complicité, nos rires, cette façon de s'intéresser l'un à l'autre, pour des petits riens, pour des anecdotes.

Au point qu'à deux reprises, en 1997 et en 2003, je suis descendu la voir à Perpignan. A chaque fois deux semaines. J'ai pris des vacances exprès pour aller la rencontrer. J'ai organisé mon voyage en train, aller-retour. La première fois, elle était célibataire, mais elle ne possédait pas de voiture. Donc, elle m'a surtout fait visiter Perpignan et ses environs immédiats. La seconde fois, elle vivait avec son second compagnon. Ils m'ont invité chez eux durant tout mon séjour à Perpignan. Ensemble, on est allé jusqu'en Espagne. Ils m'ont emmené à Colliourg, ailleurs encore. On a fait plusieurs barbecues. Je me souviens que nous avons effectué des parties de jeux sur console vidéo mémorables. Au marché de Perpignan, je me suis acheté deux chemises légères que j'ai encore aujourd'hui dans ma penderie. Ça a été parmi mes vacances les plus merveilleuses, les plus décontractées, les plus agréables. J'étais accueilli par des gens qui ne me jugeaient pas, qui m'acceptaient tel que j'étais. Autant je connaissais Caroline par lettre ou par téléphone, autant je ne connaissais pas son compagnon ; même si elle m'en avait parlé à plusieurs reprises. Mais celui-ci m'a accueilli à bras ouverts. Il m'a mis à l'aise. La même complicité que celle que j'avais avec Caroline s'est construite avec lui, au fur et à mesure de mon séjour à Perpignan.

Ce n'est que des mois plus tard après mon retour à mon domicile, que le travail de Caroline l'a contrainte à s'éloigner de Perpignan, et que nos relations amicales se sont atténuées. De mon coté, je commençais une nouvelle période de mon existence en entrant à l’Éducation Nationale. Avec les conséquences terribles et dramatiques qui en ont découlé pour ma santé et pour la fragilité émotionnelle dont aujourd'hui je suis le détenteur. Cependant, je ne regrette pas un seul instant de ces moments vécus en compagnie de Caroline, d'Olivier, de Sandrine, ou de Nathalie. Ils m'ont apporté plus qu'ils ne se l'imaginent certainement, par leur humanité, par leur gentillesse, par leur écoute, par les partages affectifs et amicaux qui ont émaillé le chemin que nous avons emprunté à une époque de notre vie. Ces souvenirs sont gravés en moi pour toujours comme des rayons de Soleil qui ont réchauffé mon âme et mon cœur meurtris par tant de désillusions, d'abandons, de solitudes, de blessures, de moqueries, de rejets. Ils sont des instants qui m'ont aidé, partiellement du moins, à surmonter les obstacles, les épreuves, qui se sont continuellement dressés devant moi ; et qui ont été près de me conduire aux portes de la folie et de la mort.

Ce sont des hommes et des femmes comme ceux-ci que je souhaiterai retrouver parmi les centaines et les milliers de lecteurs qui me suivent quotidiennement ou épisodiquement. Car mes textes, mes articles, mes nouvelles, mes poèmes, mes écrits personnels tels que celui-ci ou d'autres, si j'aime les écrire, j'aime les partager. Si j'aime les publier sous forme d'ouvrage, tels mes « Chroniques des Semi-Immortels », ils ne sont qu'un lien avec tous ceux et toutes celles qui les parcourent.

Pas tout le monde, bien entendu. C'est impossible. Chacun ou chacune à sa vie, son quotidien, son travail, sa famille, ses occupations. Ils ne sont pas destinés à être intrusifs, comme moi je ne souhaite pas l'être dans la vie des personnes qui, ici, me sont chères. Ainsi que je l'ai détaillé dans ce texte vis-à-vis des personnes que j'ai décrites. Juste humainement, simplement, au-delà de cet écran qui n'est, à mes yeux, qu'un premier pas vers un échange, vers une amitié, bien plus formidable, bien plus riche, plus plus extraordinaire, que chacun peut se l'imaginer...

dominique29600 · https://www.facebook.com/pages/Valognes/105586969475355Une autre facette de qui je suis:

J'ai vécu beaucoup de choses à l'époque où je travaillais en tant qu'aide-bibliothécaire à la Bibliothèque de l'Arsenal. La Bibliothèque de l'Arsenal étant l'une des nombreuses annexes de la Bibliothèque Nationale dont le principal bâtiment était, alors, installé rue de Richelieu. Et non, à ce moment-là, à la Bibliothèque François Mitterrand. A Paris, bien évidemment.

J'ai déjà relaté dans des textes plus ou moins récents, mes recherches en parallèle, après ou durant mes heures en tant qu'employé. Celles qui m'ont permis de dévoré des centaines d'ouvrages sur l'Histoire, la Religion, la Philosophie, les Sciences, j'en passe.

J'ai aussi relaté mes week-ends chargés en tant que joueur ou « maître du jeu », lorsque je m'adonnais à cette activité connaissant son Age d'Or qu'étaient les Jeux de Rôles. Sur table, pas en jeux vidéos. J'organisais une partie tous les vendredis soirs à mon domicile, de 19h environs, jusqu'aux alentours de cinq heures du matin et le démarrage du premier métro permettant à ses participants de rentrer chez eux. Je les présidais, parce que c'est moi qui élaborais les scénarios auxquels ces cinq à six joueurs – parfois davantage – allaient être confrontés. J'étais déjà très imaginatif, et je construisais toujours des histoires, des péripéties, des intrigues, sortant de l'ordinaire ; très riches et très développés. Il faut avouer que mes innombrables lectures de cette époque – cela est toujours le cas aujourd'hui -, alimentaient en permanence mon esprit. Elles m'inspiraient, consciemment ou inconsciemment. Comme une éponge qui se nourrissait de tout ce qu'elle voyait – films, actualités, documentaires, émissions TV, etc. -, de tout ce qu'elle lisait – livres historiques, romans, essais philosophiques, traités scientifiques, etc. -, je m'en imprégnais. Et je créais un univers qui n'appartenait qu'à moi, que ce soit dans le domaine du thriller, du fantastique, de l'horreur, de la fantasy, ou de la science-fiction. Aujourd'hui encore, ce que j'ai emmagasiné dans ma tète lors de cette période, et que je continue de faire fructifier quotidiennement en persévérant dans ce genre d'exercice, est à la base des romans, des nouvelles, des poèmes, que je créé et que je partage ici et ailleurs.

Mais, d'autres événements ont eu lieu durant les trois années où j'ai été employé dans cette annexe de la Bibliothèque Nationale. Voici un épisode que je n'ai jamais véritablement révélé par écrit ; mais qui, pourtant, est très révélateur de ce dont je rêve, aussi, en étant amené à croiser des personnes auxquelles j'offre mon amitié sur un réseau social tel que celui-ci:

A cette époque-là, donc, comme cela a longtemps été le cas avant et après, pour les raisons que vous connaissez, j'étais un jeune homme qui n'avait que peu confiance en moi. J'étais même désespéré, sentimentalement, puisque je nomme celle-ci « mes Années Noires » en partie pour cette raison. Tous mes amis, de jeux de rôles notamment, étaient plus ou moins en couples. Rares étaient ceux qui n'avaient pas de petite amie. Et ils n'hésitaient pas à s'en vanter durant nos soirées. Je sais qu'ils ne pensaient pas à mal. Nous étions des jeunes hommes ayant entre vingt et trente à peu près. C'est l'age où, normalement, chacun est confronté à toutes sortes d'expériences féminines ; qu'elles se situent dans une courte ou une longue durée. Ils en blaguaient devant moi ; ils se racontaient leurs aventures, leurs rencontres, etc.

Chaque fois que cela se produisait, c'est comme si chacun de mes compagnons de jeu – que j'appréciais, car cela n’ôtait en rien à l'amitié et à l'affection que j'avais pour eux – me lacérait l'âme, le cœur, et le corps, d'une lame de rasoir effilée. Beaucoup ne s'en sont jamais rendu compte, mais une fois qu'ils me quittaient, ou une fois que je rentrais chez moi lorsque nos réunions se déroulaient ailleurs que chez moi, j'étais souvent secoué de crises de larmes. Leurs « exploits » me touchaient profondément ; ils me blessaient, m'humiliaient, me désespéraient. A de nombreuses reprises, j'ai été la proie de dépressions, de crises de larmes, de désir de mettre fin à mes jours, de tortures mentales au cours desquelles je me scarifiais les bras afin de tenter d'atténuer les souffrances psychiques dont j'étais le sujet.

Deux ou trois de mes amis d'alors ont été extrêmement rarement les témoins de ce genre de comportement de ma part. Ils ont bien essayé de me venir en aide. D'être à mon écoute, de m'épauler tandis que je m'effondrais devant eux. Néanmoins, ils ne pouvaient pas grand-chose de plus pour me secourir. Pour m'aider, il aurait fallu qu'ils m'apportent leur concours afin de me faire connaître des jeunes femmes de leur entourage, éventuellement. Afin de m'aider à briser ce manque de confiance en moi qui m’empêchait d'accoster, de parler, de me sentir à l'aise, en face des jeunes femmes vers lesquelles je désirais aller. Ils en étaient incapables. Ils ne comprenaient même pas ce que j'attendais d'eux. Et ce constat me faisait glissait davantage encore vers ce gouffre de souffrance qui m'entourait depuis mes années « collège », puis « lycée » que j'ai décrit dans mon article sur « Moi, Marion, 13 ans pour toujours ».

Pour me sortir de cette situation qui m'étouffait, qui m'étranglait, qui me blessait au-delà du supportable, j'ai essayé d'utiliser toutes les solutions qui se présentaient à moi. Je me suis inscris dans une agence matrimoniale. Celle-ci ne m'a organisé qu'une rencontre avec une jeune femme. Cette dernière était très belle, un mannequin presque. Nous avons fait le tour du pâté de maison. Il me semble que c'était non loin de la Rue de Rivoli. J'ai essayé d'engager la conversation. Je lui ai proposé d'aller boire un verre dans un café. Mais elle a refusé, prétextant qu'elle était pressé.

Ce n'est que plus tard, en sympathisant avec l'une des employée de cette agence matrimoniale, que j'ai réalisé qu'on s'était moqué de moi. La femme, que j'ai fréquenté ensuite amicalement avec son mari et ses enfants, puis ses amis, durant quelques temps, m'a expliqué qu'en fait, les gérants de cette agence avaient engagé une jeune femme exprès pour que je la rencontre cinq minutes. J'avoue qu'apprendre cela m'a déstabilisé et meurtri. J'avais dépensé beaucoup d'argent pour m'y inscrire. J'ai détaillé ce qui s'était passé mon père qui, à ce moment-là, travaillait au Ministère de l'Intérieur. Il était inspecteur divisionnaire aux Renseignements Généraux. Il a mis en place les premiers réseaux d'infiltration des milieux d'islamistes un peu partout en France. Nous étions alors au tout début de la montée du Djihadisme en France. Et il a organisé les premières filières de renseignements permettant au Ministère de l'Intérieur d'avoir des informations à leur sujet. Il a été mobilisé presque vingt-quatre sur vingt-quatre durant les attentats de 1995 ; je m'en souviens encore.

Bref, mon père est intervenu auprès de cette agence matrimoniale pour que celle-ci me rembourse ce que je leur avait déjà versé comme argent. Je ne sais pas exactement comment il s'y est pris. Tout ce que je sais, c'est qu'après qu'il l'ait fait, j'ai reçu un chèque de ses gérants dans les jours qui ont suivi.

Néanmoins, mon cœur était toujours brisé. Mon âme était toujours déchirée. Régulièrement, au cours de nos séances de jeux de rôles, mes compagnons poursuivaient leurs discussions sur leurs conquêtes féminines plus ou moins éphémères. Quelques-uns d'entre eux, d'ailleurs, étaient de véritables « don juans ». Il suffisait qu'ils se rendent à une soirée, qu'ils aient en discothèque, pour qu'ils rentrent chez eux avec une jeune femme avec lesquelles ils avaient une aventure. Je les enviait, autant que je me maudissais. J'avais beau m'habiller élégamment lorsque je me promenais en ville – toujours en costume-cravatte -, j'avais beau être gentil, sympathique, amical, rien n'y faisait. Les rares fois où j'étais en présence de jeunes femmes – et en plus, de jeunes femmes pour lesquelles j'aurai pu éventuellement, avoir une certaine attirance -, mes compagnons de jeu n'avaient pas autant de scrupules que moi. Moi qui cherchais à ne pas les brusquer, à ne pas leur laisser imaginer que j'étais un « dragueur », mais seulement un homme sincère, doux, sensible, prévenant, à leur écoute, je voyais mes compagnons leur fondre dessus comme sur des proies. Et, bien entendu, elles devenaient aussitôt inaccessibles. Je devenais aussitôt invisibles à leurs yeux, ou juste, éventuellement, en tant que « bon copain » ou « confident ».

En désespoir de cause, j'ai essayé une ultime méthode. Ce n'était pas trop mon « truc ». Mais à cette époque existaient des numéros de téléphone spécialisés dans les rencontres amoureuses, voire coquines. Le coté coquin ne m'emballait pas outre mesure.

De toute manière, comme pour toutes les anecdotes que je viens de relater précédemment, j'étais conscient que mon visage avec ma tache de vin, ainsi que mon handicap, étaient un sérieux frein. Je me battais de toutes mes forces, malgré mes larmes, malgré les multiples rejets de cet ordre dont j'étais l'objet. Toutefois, je savais qu'il était pratiquement impossible, impensable, qu'une jeune femme croisées au cours des virées entre copains, me remarque. Ou si elle me remarquait, c'était parce que j'étais accompagné d'autres jeunes hommes plus avenants physiquement, plus décontractés avec elles, plus sûrs d'eux.

En tout état de cause, je ne risquais pas grand-chose de passer des petites annonces téléphoniques. Je ne mentionnais pas le fait que j'étais différent. A cette époque également, j'en éprouvais une profonde honte. Déjà, parce que mes années scolaires n'étaient pas si éloignées que cela. Et que les blessures qui en avaient résulté étaient encore fraîches ; dures a résorber. Ensuite, parce que ce que me montraient mes camarades de soirées rolistiques me confortaient dans ma pensée qu'aucune jeune femme ne s'intéresserait jamais à moi. Qu'elles ne verraient que la différence dont j'étais affublée, et que celle-ci la ferait fuir à toutes jambes. L'expérience de ces « Années Noires » m'a toujours démontré que je n'avais pas tort. Toute tentative s'est soldée par des échecs retentissants.

J'ai passé des petites annonces téléphoniques durant une brève période. Ces numéros de téléphone étaient surtaxés. La facture téléphonique à la fin de chaque mois a immédiatement grimpée en flèche. Et puis, il y avait tellement d'hommes pour si peu de femmes, qu'à chaque fois que l'une d'elles se manifestait, elle était prise d'assaut. Par ailleurs, lorsque cela arrivait, les hommes qui tentaient de l'amadouer n'étaient pas des plus délicats. Ils se lançaient immédiatement dans des propos assez équivoques, salaces, tendancieux, pour ne pas dire plus. Ils ne prenaient pas de gants, ils étaient très explicites sur leurs intentions.

Un jour, pourtant, l'une d'elles a affronté ce brouhaha de voix et d'échanges libidineux, et a fait de moi son interlocuteur. J'avoue que j'ai été surpris et décontenancé. J'étais tellement habitué à être ignoré, que, les premiers essais passés, j'effectuais cette démarche plus par habitude que par conviction que j'allais réussir. La discussion n'a duré que trois ou quatre minutes. Elle habitait Perpignan, et moi Paris. La distance était dès lors un obstacle pour que nous nous rencontrions dans l'immédiat ; et encore plus pour que nous nous voyions dans le but de savoir si nous pouvions nous plaire ; et enfant, afin que nous tentions de construire une relation amoureuse ensemble. Pour autant, nous nous sommes échangés nos numéros de téléphone et nos adresses en aparté. Nous avons décidé de nous recontacter ultérieurement, mais dans un cadre purement amical. Je lui ai dis que j'attendais qu'elle m'écrive, avant que je lui réponde ; et ainsi débuter une correspondance amicale, basée sr la sincérité, le dialogue, l'échange.

Pour avouer l'entière vérité, je lui ai dit cela sans trop y réfléchir. J'étais persuadé qu'elle oublierait très vite notre discussion téléphonique. Qu'elle retournerait à ses occupations habituelles ; et qu'elle trouverait sous peu un compagnon amoureux. J'ai bientôt effacé de ma mémoire cet épisode, pour me concentrer sur les événements que je vivais alors.

Pourtant, à peu près deux semaines plus tard, j'ai reçu une lettre de sa part. Ce ne pouvait être qu'elle, puisque celle-ci provenait de Perpignan, et qu'outre cet éphémère lien téléphonique, je ne connaissais personne dans cette ville. Curieux, excité, heureux, j'ai ouvert cette missive. Je l'ai lue. En deux ou trois pages, elle s'est présenté à moi. Elle se nommait Caroline. Comme moi, elle avait autour de vingt-cinq ans. Elle travaillait dans une agence immobilière. Elle avait beaucoup d'activités. Elle sortait beaucoup. Avait des ami(e)s. Bref, une vie des plus simples, des plus ordinaires pour la plupart des gens ; mais qui, au vu de mon parcours, était à mille lieues de ce à quoi j'étais habitué. Elle aurait habité la planète Mars ou une planète située à l'autre bout de la galaxie, que son existence n'aurait pas été plus éloignée de la mienne.

Je lui ai répondu. Je lui ai décrit qui j'étais, mes particularités: mon handicap, ma maladie, mon quotidien en tant qu'aide-bibliothécaire à la Bibliothèque de l'Arsenal. Une fois encore, j'étais sûr qu'après avoir appris ma différence, elle ne me répondrais pas ; qu'elle me rejetterais, comme toutes les autres jeunes femmes que j'avais tenté d'approcher par le passé ; que ce soit sentimentalement ou amicalement.

Deuxième surprise: elle m'a à nouveau répondu en m'expliquant que ma différence ne lui posait aucun problème. Elle m'a souligné qu'avant d'entrer dans l'immobilier, elle avait fait des études pour devenir infirmière ; que durant ces stages en hôpital, elle avait côtoyé des personnes blessées, handicapées, etc. Et qu'elle ne les considérait pas comme des rebuts, des inférieurs, des gens qui devaient se cacher du fait de ce qu'ils avaient. Qu'eux aussi, ils avaient le droit d'être aimés, d'avoir des amis, etc. Et qu'elle condamnait avec la dernière énergie les hommes et les femmes qui s'imaginaient être supérieurs parce qu'ils étaient dans les « normes ». Alors que demain, ils pouvaient se retrouver à leur place à la suite d'un accident, d'une maladie, ou d'autre chose.

Sa véhémence sur ce sujet si particulier m'a impressionné et m'a fait chaud au cœur. Véritablement, Caroline sortait de l'ordinaire. Je n'ai croisé la route de peu de personnes, hommes ou femmes, comme Caroline. Que ce soit avant que je ne sois amené à la connaître, comme après. Avant, j'ai bien eu un ou deux copains lorsque j'étais au collège ou au lycée. Au collège, je les ai perdu de vue au moment où mon martyr en tant qu'enfant harcelé scolairement a débuté. L'un n'a rien à voir avec l'autre. Nos chemins se sont séparés à cette époque, parce que le sien a pris une autre direction. Au lycée, il y a eu Jérémie. Il m'a pris sous son aile au cours des années qui m'ont amené de la seconde au terme de ma scolarité. Malgré tout, cette période a aussi été l'une des pires de ma vie. Plus tard encore – et c'est le seul qui reste de cette époque -, il y a eu Olivier. Nous nous téléphonons de temps en temps aujourd'hui encore. C'est avec lui que j'ai participé à mes meilleures parties de jeu de rôles. Nous nous sommes perdus de vue plusieurs années, avant de renouer contact presque par hasard. Depuis, notre amitié est solide, inébranlable. Elle est exclusivement basée sur des échanges téléphoniques puisqu'il habite la région parisienne, et que, moi, je ne peut plus m'y rendre vu ma condition actuelle. C'est l'un de ceux, dès cette période, que je deviendrai écrivain, t qui avait confiance en moi sur ce plan là. Il a assisté à d'innombrables parties de jeux de rôles que je présidais, en tant que participant. Il a décelé en moi ce potentiel en lequel je ne croyais pas encore.

Plus tard, encore, il y a eu Sandrine, dont j'ai fait la connaissance à la Bibliothèque de l'Arsenal. J'étais attiré par elle sentimentalement. Elle a été mon coup de cœur de cette époque. Je me suis torturé émotionnellement et psychiquement avant d'oser l'aborder un jour. J'ai déjà mentionné cet épisode dans d'autres écrits, il me semble. En tout état de cause, ce qui me faisait souffrir, c'est que je ne désirais pas qu'elle me considère comme un de ces « dragueurs » qui profitent de leur lieu de travail pour accumuler les conquêtes. Cette idée, qui me traversait souvent l'esprit, me faisait terriblement souffrir – presque physiquement parfois. C'est pour cette raison également, que je me suis lacéré les bras avec une lame de cutter à ce moment-là. Imaginer qu'elle pense cela de moi était insupportable. Au point que le jour où, enfin, après maintes tergiversations, maints cauchemars éveillés, j'ai osé franchir le pas, j'ai eu l'impression d'être une flaque d'eau en m'exprimant devant elle.

Heureusement, quelques temps auparavant, je m'étais renseigné sur le genre de livres qu'elle consultait lors de ses passages à la Bibliothèque de l'Arsenal. Apparemment, ils étaient consacré à des sujets se rattachant à la fois à l’Ésotérisme et à la Philosophie. En plein dans ce quoi sur je travaillais en tant que chercheur ; du moins partiellement, puisque mon domaine était plus en relation avec les Mythes, les Légendes, les Religions, et les Civilisations primitives, qui sont apparu à l'Aube de nos Civilisations. Mais peu importait.

Elle a été très gentille, très amicale, dès le début. Par la suite, j'ai revu Sandrine régulièrement. A chaque fois qu'elle venait à la Bibliothèque de l'Arsenal pour poursuivre ses recherches, entre midi et treize – à l'heure du déjeuner – ou après la fermeture de l'établissement – à 17h -, nous nous retrouvions. Nous allions dans un café. Nous discutions à bâton rompu de tous les thèmes qui nous étaient chers, et que nous explorions intellectuellement. Avec l'aide de notre raison, de nos connaissance, de notre réflexion, de notre humanité. Nos dialogues duraient des heures. Au point que, finalement, une ou deux fois par mois, nous dînions ensemble pour les continuer.

Très tôt, j'ai appris que Sandrine vivait en concubinage avec un homme depuis plusieurs années. J'ai donc dû me résigner à laisser les sentiments amoureux naissants de coté, à les enfouir au plus profond de moi même. Je les ai transformé en lien amicaux puissants, sincères, véritables, dévoués, et emplis des valeurs auxquels j'attache une extrême importance: la réciprocité, l'envie de découvrir l'autre tel qu'il est réellement, sans s’arrêter aux apparences. Essayer de toucher cette lumière qui brille au fond de l'autre, parce qu'elle nous illumine et nous pousse à nous dépasser nous-même. Tenir ses engagements, enrichir nos échanges, nos dialogues, sans paroles creuses, sans se référer à un quotidien qui, même s'il est nécessaire et utile, n'est pas ce qui donne du sens à la vie. Chercher a en apprendre toujours davantage, sur l'Univers, sur les connaissances multiples et diverses auxquels les millions d'ouvrages de la Bibliothèque Nationale nous donnent accès.

Voilà quelle a été la relation que j'ai eu avec Sandrine, y compris au cours des années ayant suivi mon départ de la Bibliothèque Nationale. Quant à Caroline, même s'il a été d'un autre ordre, le principe en a été le même.

Tout d'abord, nous nous sommes écrit des lettres environ une fois par mois. Cela pourrait ressembler, lorsqu'on y pense, à la correspondance régulière entretenue ici, sur ce réseau social, avec l'ensemble des personnes qui me suivent et me lisent plus ou moins épisodiquement. Puis, ces lettres sont devenues plus fréquentes ; toutes les deux semaines à peu près. Un jour, elle m'a mis son numéro de téléphone sur l'entête de sa lettre. Il m'a fallu quelques jours avant que je n'ose franchir le pas. Et j'ai fini par braver la peur qui m'a étreint. Je lui ai passé un coup de fil. Juste pour lui dire bonjour, sans la déranger, en lui expliquant que je ne l’appellerai qu'aux heures et aux jours qui lui conviendraient. Elle me les a indiqué. D'autres fois, c'est elle qui a préféré me joindre quand elle était libre.

Nos échanges téléphoniques sont devenus mensuels. Comme pour Sandrine, une sorte de rituel s'est mis en place. Comme pour Sandrine, nous nous téléphonions une fois par mois, aux jours et aux heures où elle était disponible pour me consacrer un peu de temps. D'autant qu'entre-temps, elle avait fini par rencontrer un homme avec lequel elle vivait une histoire d'amour. Celle-ci a duré plusieurs années, avant qu'ils ne se quittent. Je me souviens qu'elle en a été dévastée pendant plusieurs semaines. A cette époque, je lui ai téléphoné plus fréquemment, parfois une fois par jour alors qu'elle était au creux de la vague. Car je m'inquiétais pour elle, j'étais malheureux de la voir dans cet état. Progressivement cependant, elle a remonté la pente, puis, elle a fini par croiser la route de son second compagnon.

Néanmoins, le plus souvent, c'est elle qui me soutenait moralement. A force de nos échanges, nous en sommes venu à nous connaître de la même façon que si nous nous rencontrions régulièrement. Nous parlions de tout et de rien, de nos parcours respectifs, de nos passions, de nos rêves, de nos espoirs, de nos ambitions. Je crois que c'est à Caroline que j'ai expédié pour la première fois le manuscrit de mon scénario de jeux de rôles « le Crépuscule des Demi-Dieux ». Celui se déroulant en 1650, sur fond de Guerre Civile française que l'on nomme « La Fronde », de secrets datant des cathares, des templiers, des croisades, de l'époque de la destruction du Temple de Salomon par les Romain. Sur fond d'invasion des Wisigoths du Sud de la France au 5e siècle de notre Ere, de chute de l'Empire Romain, de Delphes, etc.

Elle a trouvé l'intrigue excellente, originale, différente de ce qu'elle avait pu lire dans le même genre jusqu'alors. Elle aussi, comme Olivier pour les partie des jeux de rôles proprement dites, elle m'a poussé à poursuivre dans cette voie.

A un moment, je me souvient que nous pouvions passer jusqu’à quatre heures au téléphone. C'est un peu comme si nous étions l'un à coté de l'autre, à la terrasse d'un restaurant ou d'un bar, à profiter amicalement de l'un et de l'autre. Comme avec Sandrine, c'était une sorte de communion. Une amitié profonde, beaucoup plus en tout cas que ce que j'avais connu jusque-là. Un peu comme avec Olivier, même si c'était dans des domaines différents. En fait, quand j'y songe, chacun était complémentaire des autres. Ils appartenaient à cet univers que je m'étais construit sur le chemin que j'avais commencé à emprunter en tant qu'écrivain. Chacun m'apportait ce qu'il était, en toute simplicité. Sans jugement d'un coté comme d l'autre. Nous étions juste nous, rien de plus, rien de moins. Et si Sandrine, Olivier, Caroline, et plus tard Nathalie – j'en reparlerai ultérieurement, car cet épisode spécifique contient beaucoup d'éléments, lui aussi – avaient des compagnons ou des compagnes, cela n'a jamais interféré dans nos relations. Ils, ou elles, n'ont jamais été jaloux. Le cadre de notre amitié, de nos échanges, de nos liens, était bien établi. Il n'y avait aucune ambiguïté.

A tel point qu'à la même époque, mème si ce n'a été que bref, j'ai croisé une jeune femme avec laquelle j'ai noué une relation amicale forte. Elle habitait avec un homme plus âgé qu'elle ; un homme d'affaires. Un jour qu'il est parti en voyage, elle s'est sentie démunie parce qu'elle n'avait pas l'habitude de dormir seule. Elle m'a demandé si je pouvais dormir avec elle durant ce week-end. J'ai été un peu gêné – c'était la première fois que l'on me suppliait presque de rendre cette sorte de service. Surtout que cette jeune femme était assez séduisante ; à part le fait qu'il lui manquait une main ; remplacée par une prothèse. -. Elle était aussi dotée d'un corps magnifique, sculptural.

Finalement, à force d'insistance, j'ai accepté. C'était un week-end où je ne travaillais pas à la Bibliothèque Nationale. Donc, j'ai pris mon sac, l'ai rempli de vêtements de rechange, de pyjama. Et j'ai dormi avec elle sans qu'il ne se passe rien de ce que l'on pourrait imaginer. Juste deux bons camarades qui ont passé un week-end amical, apaisé, et sympathique, ensemble. Je me rappelle que nous avions loué des films en vidéo-cassette, que nous avons visionné ensemble. Et nous nous sommes promené dans Paris. C'est cette fois-là où j'ai été dans un institut de beauté, et où on a m'a fait un masque de boue.

Par la suite, j'ai dormi avec plusieurs autres jeunes femmes de mes amies – durant la période où j'ai habité Laval, notamment – sans que rien de sexuel ne se déroule.

Bref, pour revenir à Caroline, le plus souvent, c'est elle qui m'a soutenu au cours des périodes les plus noires de ces années. Comme je l'ai dit plus haut, mes compagnons de jeux de rôles se vantaient de leurs conquêtes sentimentales d'un soir, ou plus, devant moi. J'en étais déchiré, blessé, humilié, de ne pas avoir le droit de vivre le même genre d'expérience qu'eux, alors que nous avions le même age. Alors que j'étais en possession des mêmes moyens physiques ou intellectuels qu'eux, à peu de différence près. Evidemment, je possédais une tache de naissance ; j'étais doté d'une hémiplégie partielle du coté droit. Et c'est cela qui faisait que j'étais à part. De fait, Caroline essayait de me soutenir le moral autant qu'elle le pouvait, au cours de nos conversations téléphoniques. Autant, je l'ai réconforté lorsque son premier concubin sérieux l'a quitté, autant elle n'a pas arrêté d'être à mes cotés, par la parole, et malgré la distance, quand je n'allais pas bien. Ainsi, en 1998, lorsque mon petit frère Aymeric est mort, c'est vers elle que je me suis immédiatement tourné. Et elle a tout de suite répondu présent.

Ce samedi après-midi là, lorsque j'ai appris cette terrible nouvelle, en attendant mon père qui venait me chercher à Laval pour me ramener au domicile familial, elle a mis entre parenthèses le travail qu'elle effectuait pour me consacrer un peu de temps. Cinquante kilomètres séparaient la maison de mes parents, de mon appartement de Laval. Elle m'a parlé, sonné que j'étais, effondré comme jamais – et ce n'était rien, comparé à ce que je vivrai les jours suivants, jusqu’à la mise en terre de mon petit frère -, jusqu’à ce que mon père arrive. Je n'oublierai jamais nos longues conversations, notre complicité, nos rires, cette façon de s'intéresser l'un à l'autre, pour des petits riens, pour des anecdotes.

Au point qu'à deux reprises, en 1997 et en 2003, je suis descendu la voir à Perpignan. A chaque fois deux semaines. J'ai pris des vacances exprès pour aller la rencontrer. J'ai organisé mon voyage en train, aller-retour. La première fois, elle était célibataire, mais elle ne possédait pas de voiture. Donc, elle m'a surtout fait visiter Perpignan et ses environs immédiats. La seconde fois, elle vivait avec son second compagnon. Ils m'ont invité chez eux durant tout mon séjour à Perpignan. Ensemble, on est allé jusqu'en Espagne. Ils m'ont emmené à Colliourg, ailleurs encore. On a fait plusieurs barbecues. Je me souviens que nous avons effectué des parties de jeux sur console vidéo mémorables. Au marché de Perpignan, je me suis acheté deux chemises légères que j'ai encore aujourd'hui dans ma penderie. Ça a été parmi mes vacances les plus merveilleuses, les plus décontractées, les plus agréables. J'étais accueilli par des gens qui ne me jugeaient pas, qui m'acceptaient tel que j'étais. Autant je connaissais Caroline par lettre ou par téléphone, autant je ne connaissais pas son compagnon ; même si elle m'en avait parlé à plusieurs reprises. Mais celui-ci m'a accueilli à bras ouverts. Il m'a mis à l'aise. La même complicité que celle que j'avais avec Caroline s'est construite avec lui, au fur et à mesure de mon séjour à Perpignan.

Ce n'est que des mois plus tard après mon retour à mon domicile, que le travail de Caroline l'a contrainte à s'éloigner de Perpignan, et que nos relations amicales se sont atténuées. De mon coté, je commençais une nouvelle période de mon existence en entrant à l’Éducation Nationale. Avec les conséquences terribles et dramatiques qui en ont découlé pour ma santé et pour la fragilité émotionnelle dont aujourd'hui je suis le détenteur. Cependant, je ne regrette pas un seul instant de ces moments vécus en compagnie de Caroline, d'Olivier, de Sandrine, ou de Nathalie. Ils m'ont apporté plus qu'ils ne se l'imaginent certainement, par leur humanité, par leur gentillesse, par leur écoute, par les partages affectifs et amicaux qui ont émaillé le chemin que nous avons emprunté à une époque de notre vie. Ces souvenirs sont gravés en moi pour toujours comme des rayons de Soleil qui ont réchauffé mon âme et mon cœur meurtris par tant de désillusions, d'abandons, de solitudes, de blessures, de moqueries, de rejets. Ils sont des instants qui m'ont aidé, partiellement du moins, à surmonter les obstacles, les épreuves, qui se sont continuellement dressés devant moi ; et qui ont été près de me conduire aux portes de la folie et de la mort.

Ce sont des hommes et des femmes comme ceux-ci que je souhaiterai retrouver parmi les centaines et les milliers de lecteurs qui me suivent quotidiennement ou épisodiquement. Car mes textes, mes articles, mes nouvelles, mes poèmes, mes écrits personnels tels que celui-ci ou d'autres, si j'aime les écrire, j'aime les partager. Si j'aime les publier sous forme d'ouvrage, tels mes « Chroniques des Semi-Immortels », ils ne sont qu'un lien avec tous ceux et toutes celles qui les parcourent.

Pas tout le monde, bien entendu. C'est impossible. Chacun ou chacune à sa vie, son quotidien, son travail, sa famille, ses occupations. Ils ne sont pas destinés à être intrusifs, comme moi je ne souhaite pas l'être dans la vie des personnes qui, ici, me sont chères. Ainsi que je l'ai détaillé dans ce texte vis-à-vis des personnes que j'ai décrites. Juste humainement, simplement, au-delà de cet écran qui n'est, à mes yeux, qu'un premier pas vers un échange, vers une amitié, bien plus formidable, bien plus riche, plus plus extraordinaire, que chacun peut se l'imaginer...

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